Chapeau sexe d agde sexe torture

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Nous avons décidé de passer un week-end de détente et de plaisir. Je voulais revivre une soirée similaire à celle que nous avions vécue dans cette ville il y a deux ans.

Aaaaaahhhhhh Votre femme est vraiment belle dans la souffrance! Ma voisine a raison. Cathy est attachée par les poignets, les pieds touchant à peine le sol, éclairée violemment. En se retirant, il laisse une nouvelle strie La balade au lac a leur donné faim. Jean décroche le téléphone et demande à la réception: Pourriez-vous donc nous faire monter deux assiètes avec des crudités et de la charcuterie, et une bouteille de champagne?

Cet après-midi, le soleil brille à nouveau et Jean propose à Cathy — Que dirais-tu de faire une promenade en vélo? Pourquoi pas mais as-tu prévu une tenue adaptée pour moi? En entrant dans la chambre, Cathy voit la cravache délicatement posée sur le lit refait. Jean se prépare en premier. Cathy sort à son tour de la salle de bain, nue: Après une bonne douche, Cathy enfile une courte jupe et un petit top sexy au dos nu.

Jean téléphone à Cécile: Quelques jours de congé nous ferons le plus grand bien. Que dirais-tu de partir passer 3 jours au soleil? Bonne idée mon amour. Je propose de pigmenter un peu ce petit voyage. Nous partirons dans une demi-heure. La salle a mangé est baignée dans une douce lumière et la flamme de quelques bougies se reflète dans les verres sur la table. Tu en tires un et le lis: Je viens juste de sortir de mon bain parfumé et je suis toujours nue, en train de me coiffer et de me maquiller.

Il ne résiste pas à la tentation de venir embrasser mes seins pas très gros mais fermes, de caresser mon dos et de descendre vers mon sexe Trente-six pièces de canon ont accompli ce que 20, hommes de Ney et la division Dupont n'avaient pu faire. Sénarmont ne craint pas de se mettre en batterie à mètres de la ligne russe, qu'il prend d'écharpe , et après cinq ou six salves, il se rapproche à mètres et il engage un feu roulant qui amène une épouvantable destruction. Napoléon qui suivait attentivement les phases de ce furieux engagement, envoie son aide de camp Mouton , pour qu'il examine si l'artillerie ne s'est pas trop avancée: Cette bataillé marque, comme nous l'avons dit, l'époque d'un emploi tout nouveau de l'artillerie, qui n'est plus éparpillée, mais qui agit en grandes masses, effectuant par salves un feu rapide.

Sénarmont, dans trois heures, tira trois mille six cents coups de canon dont quatre cents à mitraille. On retrouve en 4 , à l'incroyable bataille de Wagram, une batterie de canons, commandée par Lauriston , qui remplace en quelque sorte tout le centre de l'armée; à la bataille de la Moscowa ,. Napoléon examine et parcourt le terrain, accompagné du général Lariboissière, commandant l'artillerie; le général Sorbier agit avec une batterie de 60 canons, et dans cette affaire la plus sanglante qui ait été livrée depuis l'invention de la poudre, quatre-vingt bouches à feu, commandées par Lariboissière, frappent le coup décisif.

Les Anglais qui avaient pris une part active à la guerre contre la France , introduisirent des modifications essentielles dans les voitures et caissons de transport des munitions. Indépendamment de l'artillerie à cheval, il existait une artillerie à pied, dans laquelle les servants des pièces, armés de grands fusils, suivaient à pied les voitures et les pièces traînées par des chevaux.

Dans le matériel anglais, les munitions ne sont pas placées dans ces longs chariots ou Wurts semblables à des cercueils, que Gribeauval avait admirablement disposés pour la conservation de la poudre; on les transporte dans des coffres qui peuvent servir de sièges aux canonniers. Cette réforme capitale , et quelques changements de détail ont fait adopter avant les voitures anglaises et l'artillerie à pied a été transformée en artillerie montée; mais à cette époque, une prodigieuse réforme dans les armes de guerre, se préparait par de nombreuses expériences , et cette révolution qui a commencé en pour le fusil de munition, s'est accomplie vers le milieu de ce siècle , dans les bouches à feu ; par suite de cette transformation inattendue, toutes les règles pratiques enseignées dans les écoles ont dû être modifiées.

La fortification a perdu le caractère que Vauban lui avait assigné; la marine militaire tout entière a dû être renouvelée, et les immenses vaisseaux à trois ponts, armés de canons ont disparu pour faire place, aux navires cuirassés d'une armure de fer, qui portent une dizaine de pièces formidables.

Le prix de ces forteresses flottantes est devenu tellement élevé, que les nations les plus riches peuvent seules entretenir une grande flotte de cuirassés, comme celle qui a fait son apparition à Besica, pendant la dernière guerre d'Orient, non loin de la rive Troyenne, qui avait vu, plus de trois mille ans auparavant, les innombrables navires légers, accourus de toutes les régions de la Grèce. Avec les nouvelles armes, le fusil Gras, a des effets aussi destructeurs à la distance de mètres, que l'ancien fusil de munition à mètres ; la portée des bouches à feu, qui ne dépassait pas 2 kilomètres, s'étend aujourd'hui à 5 et 6 kilomètres.

L'invention mécanique qui a produit des effets si extraordinaires, dérive de principes si simples, que nous essayerons d'en bien faire comprendre le sens, et nous n'hésiterons' pas à prendre pour point de départ une comparaison, très vulgaire, mais très claire et très facile: Pour quelle raison n'a-t-on pas procédé de la même manière, pour les bouches à feu, en introduisant dans le cylindre creux de leur âme, non pas un boulet sphérique, mais un bouchon en fonte qui se raccorde bien mieux avec sa figure?

On ne songeait pas à introduire dans ce mécanisme un principe connu et constaté par de nombreuses expériences. On savait très bien que la rotation rapide d'une toupie la maintient sur sa pointé, sans qu'elle se renverse; on savait aussi que la stabilité des planètes résulte de leur rotation et de leur aplatissement qui en est la suite; et Euler a démontré rigoureusement cette belle vérité de la mécanique céleste.

Une induction naturelle conduisait à penser que la stabilité d'un projectile cylindrique serait obtenue s'il pouvait sortir de la bouche à feu doué d'un mouvement de rotation rapide autour de son axé ; cette idée si simple n'était venue à l'esprit de personne.

Enfin, vers le milieu de ce siècle, on a obtenu la rotation de ce bouchon de fonte ou de ce projectile cylindrique, en adaptant à sa surface quelques saillies, de la figure de petits boutons, qui glissent dans des rayures en hélice, pratiquées à la surface intérieure de l'âme; après de nombreux essais, on est parvenu à rendre stables des projectiles longs, d'un petit diamètre, terminés.

Lancés avec justesse contre les carènes en bois des vaisseaux, ils les perforent et agissent par leur rotation comme des vrilles; les murailles les plus solides n'échappent pas à leur action. Le tir à 2 ou 3 kilomètres d'une ville occasionne une rapide destruction, et les forts détachés deviennent indispensables pour éloigner du corps d'une place cette formidable artillerie.

Ce changement radical des armes de guerre a rendu nécessaire des modifications importantes dans les établissements militaires. A Toulouse, le polyL gone est devenu absolument insuffisant , et on ne peut pas songer à faire former des lignes de tir de 7 à 8 kilomètres dans le voisinage des grandes villes.

On a dû créer un polygone à Castres sur un terrain stérile, où, dit-on, César avait jadis établi un camp. Notre importante fonderie a disparu, et après les cruelles épreuves de la dernière guerre , on a jugé prudent de la transporter à Tarbes, au coeur des Pyrénées ; il ne nous reste que l'arsenal, agrandi et perfectionné depuis La poudrerie est rentrée comme au siècle dernier sous la dépendance du ministre des finances. L'art de la guerre est complètement transformé , et la postérité aura de la peine à concevoir les manoeuvres de Napoléon lorsqu'il jettait des masses d'artillerie à quelques centaines de mètres des lignes ennemies.

Avec les nouvelles armes, Sénarmont aurait perdu à Friedland la moitié de ses hommes et de ses chevaux avant de s'être établi en batterie. Le manque de connaissances précises, sur l'armement des Grecs, des Romains et des peuples qu'ils combattaient, laisse une certaine obscurité sur l'histoire- ancienne ; des écrivains estimés, mais dépourvus de critique, racontent les campagnes d'Alexandre, et même celles d'Annibal, comme des légendes.

Avec des données incomplètes, Montesquieu: Ses réflexions sur l'invasion de l'Italie, par Annibal , sur les suites de la bataille de Cannes et de Zama, ne sont pas moins intéressantes. Ces fragments concis peuvent servir d'exemple et de modèle aux historiens , qui croient trop facilement que la forme littéraire et l'imagination suffisent pour faire revivre le passé avec fidélité. Si nous jetons les yeux sur la géographie de la France, nous la voyons entourée en partie par plus de lieues de côtes, qui lui imposent l'obligation d'être une puissance navale; vers le nord, pas de frontière qui la défende contre l'invasion.

Sa liberté, son indépendance ne peuvent exister qu'à la condition de posséder des institutions militaires, qui forment une armée disciplinée et belliqueuse, et ces institutions prospéreront, si préalablement notre jeunesse reçoit une éducation morale et sévère, qui lui inspire le sentiment du devoir et l'amour de la patrie , et un enseignement positif, qui la mette à l'abri des utopies et des utopistes, qui ne tendent à rien moins qu'à désorganiser notre armée, et à porter atteinte à l'unité indissoluble de la république.

La facilité de vivre sous un climat qui n'a rien d'extrême, la richesse agricole de notre pays sont des causes suffisantes pour exciter la convoitise de nos voisins, et pour énerver notre jeunesse dans le bien-être, dans les douceurs de la paix.

Sommes-nous à regretter, comme Horace , cette race de soldats accoutumés à manier les pesantes charrues? En parcourant les feuilles d'un livre écrit par un général allemand , je lisais cette phrase: Les Français ont été considérés pendant longtemps comme les premiers artilleurs d'Europe Certainement non, et il surgirait au besoin des Eblé, des Sénarmont, des Lariboissière dans le corps de l'artillerie, qui est une des plus puissantes colonnes de notre patrie , et où se trouve, à côté de là science, l'honneur et le sentiment du devoir.

Au mois d'octobre dernier, une sinistre nouvelle est venue surprendre les membres épars de notre Académie: Leymerie, que nous avions laissé plein de vie et d'énergie scientifique, que nous avions vu partir pour une de ces explorations toujours si fécondes en résultats, venait de succomber aux atteintes d'une maladie presque foudroyante. Notre confrère est mort pour ainsi dire au champ d'honneur, étouffé par la pneumonie dont il avait contracté le germe' au milieu de ces Pyrénées objet de ses constantes prédilections.

Chargé par vous de rendre un dernier hommage au confrère éminent dont la perte est un véritable deuil pour la science et de placer sous vos yeux le tableau de cette existence toute de labeur, j'aurais hésité et reculé peut-être devant les difficultés de ma tâche, si je ne m'étais considéré comme obligé à cet acte de déférence, envers vous d'abord, et aussi envers celui qui fut un de mes premiers maîtres à la Faculté de Toulouse.

D'ailleurs, Messieurs, n'attendez sur le compte de Leymerie aucun de ces détails, plus ou moins inédits, qu'une curiosité stérile recherche dans l'existence des hommes qui ont joui d'une certaine célébrité et qui n'aboutit, en définitive, qu'à démontrer que les rayons et les ombres se croisent nécessairement dans toute existence humaine. La carrière de Leymerie est des plus uniformes; il allait droit devant lui dans la vie, comme il escaladait le mont perdu, au grand désespoir des guides les plus expérimentés.

Grâce à ce dédain des chemins de traverse, il ne rencontra que très-tard les honneurs et les satisfactions de l'amour-propre que, par une loi fatale, on recherche d'ordinaire à un moment donné de la vie. En ce qui concerne notre compagnie, j'ai constaté avec surprise qu'il a assisté pendant de longues années en soldat assidu et vigilant à nos séances, mais qu'il s'est toujours refusé à faire partie des officiers de l'Académie.

Elève dupycée Louis-le-Grand, il obtint, à la fin de ses études, un prix de physique au concours gênérai et entra bientôt après à l'Ecole polytechnique. Mais c'est vers l'enseignement qu'il se sent attiré et nous le trouvons en au collège de Troyes à titre de professeur de géométrie et de mécanique appliquée aux arts; puis, deux ans plus tard, une chaire de professeur de mathématiques spéciales et dé physique est créée pour lui au même collège.

C'est là qu'une circonstance fortuite est venue lui révéler sa véritable vocation: La collection restaurée par ses soins fut mise dans une salle à part et devint l'origine du Musée de Troyes, dont l'importance est, paraît-il, aujourd'hui assez considérable.

Peu de temps après, en , Leymerie, communiqua à la Société des sciences et arts de l'Aube son Essai sur les pyrites des environs de Troyes, qui est son premier titre scientifique et son premier pas dans cette science qui devait le passionner pendant tout le reste de son existence.

A partir de ce moment, il rassemble les matériaux de la Statistique minéralogique et géologique du département de l'Aube, qu'il ne publiera qu'en Il n'y a pas lieu, je crois, de s'étonner que Leymerie ne soit devenu que tardivement géologue; il en a été de même pour Elie de Beaumont, M.

Hébert, Lartet père, etc. C'est que la géologie est une science qui demande une grande maturité;. La géologie exige de plus une activité spéciale, le flair de l'antiquaire pour découvrir la médaille géologique, le fossile caractéristique destiné à fixer les, incertitudes sur l'âge et les relations des couches stratifiées; elle exige, enfin, des qualités physiques particulières, le mens sana in corpore sano que Leymerie possédait au plus haut degré, sous une frêle apparence, et qui lui a permis de faire facilement des ascensions devant lesquelles les excursionnistes de profession reculent quelquefois ou dont ils n'affrontent les difficultés qu'en se disant, comme les compagnons d'Enée:.

Riche des matériaux que lui avait fournis en abondance le terrain crétacé de l'Aube, Leymerie accepte, en , une chaire de physique et de mathématiques à l'Ecole industrielle de La Martinière, à Lyon, dont il devient bientôt après directeur.

Là, son horizon géologique s'agrandit ; ses études sur le terrain jurassique l'amènent à séparer, à la base de ce terrain, les couches qu'il appela du nom d'infra-lias, et qui sont aujourd'hui admises sans conteste. En , il se décide à s'adonner exclusivement à la géologie et revient à Paris pour suivre les leçons d'Elie de Beaumont, pour lequel il a conservé toute sa vie une admiration sincère.

Il publie le résultat de ses recherches dans les départements qu'il a activement explorés. Enfin, en , il subit les épreuves du doctorat ès-sciences, et vers la fin de la même année il vient occuper à Toulouse la chaire de géologie et de minéralogie à la Facnlté des sciences, chaire qu'il occupera jusqu'à sa mort.

A partir de , Leymerie nous appartient tout entier, et il [resserra encore les liens qui l'attachaient à Toulouse en s'alliant à la famille de M. Léon, ancien professeur à notre Faculté des sciences. Quand Leymerie vint à Toulouse, notre Faculté possédait déjà des professeurs éminents dans les sciences d'observation et d'expérimentation, tels que Pinaud, l'élégant physicien, auteur d'un excellent programme de physique ; M.

Boisgiraud, dont la vaste érudition embrassait la physique, la chimie et les sciences mathématiques; Moquin-Tandon, le savant botaniste auteur de la Tératologie végétale, zoologue distingué que Paris; nous a enlevé depuis ; enfin, il y trouvait aussi M. Joly, notre savant maître, qui se recueille aujourd'hui dans la retraite pour condenser dans de nouveaux travaux le résultat de ses longues recherches.

Dans un pareil milieu, l'émulation était facile; aussi Leymerie se mit-il immédiatement à l'oeuvre. Il se sentit, dès le début, attiré par la montagne. Il mesura la tâche qu'il avait à remplir et se mit en mesure de porter la lumière dans ce chaos de dislocations, de redressements, de soulèvements qui font des Pyrénées un vaste champ d'études encore à peu près inexploré à cette époque.

Des excursions nombreuses qu'il s'imposa dans les diversdépartements de la France lui permirent d'établir des comparaisons entre la montagne et la plaine et d'étendre encore le champ de ses investigations. Pendant de longues années, Leymerie exploita à peu près seul le vaste sujet d'études que lui offraient les Pyrénées ; aussi mettait-il à les défendre une légitime ardeur.

Il y a trois ans, à la réunion des Sociétés savantes, M. Lory, de la Faculté de Grenoble, passionné de son côté pour les Alpes, exaltait ses montagnes et invitait les jeunes travailleurs à tourner de ce. Leymerie, après avoir donné de nombreux signes d'impatience, se dresse et proteste au nom des Pyrénées qu'il appelle la reine des montagnes. Alors s'éleva entre les deux géologues, l'Alpin et le Pyrénéen, une discussion que j'aurais voulu pouvoir recueillir et qui constituerait une comparaison des plus savantes et des plus pittoresques entre les deux chaînes rivales.

Vous vous rappelez également qu'un astronome toulousain, directeur de l'Observatoire, le regrettable Petit, annonça un jour, en se basant sur l'observation du pendule, que les Pyrénées étaient creuses et ressemblaient à de gigantesques beignets soufflés.

Le coeur du géologue bondit et son indignation s'exhala d'abord au sein de notre Académie et déborda ensuite dans les journaux de la ville. Et le marteau frappait et frappait dru sur le malheureux détracteur du massif pyrénéen. Au reste, Leymerie a conservé jusqu'au dernier jour une horreur invincible pour les théories nouvelles, et c'était avec une grande franchise qu'il les attaquait soit au sein de l'Académie, soit dans ses écrits, soit dans son enseignement.

Ainsi, entendant proclamer par un chimiste que l'hydrogène est un métal: On a reproché à Leymerie de manquer de cette bonté que les savants de son mérite témoignent d'ordinaire aux jeunes débutants et aux travailleurs qui ont besoin de trouver un appui et un guide dans leurs premiers pas dans la science. Ce reproche est, je crois, exagéré. Dans les entretiens, dans les conférences, dans les excursions géologiques, ses élèves le trouvaient toujours simple et serviable, empressé même à leur fournir les moyens d'instruction ; mais, prenant exemple sur lui-même, il se montrait hostile à ceux qui voulaient arriver trop vite et par d'autres voies que le travail.

D'ailleurs, Messieurs, la philosophie enseigne, je crois, que le genre d'études, les habitudes de l'esprit réagissent nécessairement sur le caractère de l'homme, et, à ce compte, que dirat-on d'un géologue complètement absorbé, comme celui-ci, par des études entièrement positives, ne se permettant que de rares excursions dans le domaine des théories générales et doublé, par surcroît, d'un ancien lauréat et professeur de physique!

L'enseignement oral de Leymerie n'était pas à la hauteur de son enseignement écrit. Néanmoins, sur le terrain, au milieu des matériaux de ses études, il savait donner à ses démonstrations un véritable intérêt.

J'ai souvenir d'une matinée de sur les hauteurs de Pech-David où, nous développant les résultats d'un de ses récents travaux, il nous fit remarquer la position élevée de Toulouse au-dessus de Saint-Cyprien qui a payé cher, depuis, cette différence de niveau, où il nous fit constater l'ancien confluent du Lhers et de la Garonne et la fusion de leurs deux vallées, ainsi que la différence de constitution des collines et de la plaine, si importante au point de vue agricole.

Dans une autre excursion, nous parcourions les plateaux successifs qui s'étagent de Toulouse à Pujaudran et dont il attribuait la formation à la Garonne qui, suivant une loi générale, se serait retirée vers l'est, formant les escarpements abruptes de la face occidentale de Pech-David, tandis que le Lhers, se retirant de l'autre côté, formait les pentes douces de la partie orientale.

La géologie n'était cependant pas l'unique passion de notre confrère. Comme il arrive assez souvent chez les savants adonnés à des études positives, il cherchait une distraction et un délassement soit dans l'audition, soit dans l'exécution de la musique la plus savante. Les musiciens les plus expérimentés rendaient hommage à la sûreté et à la sévérité de son jugement et de son sens musical.

Sous ce rapport, notre confrère revit dans un des membres de sa famille qui occupe un rang élevé parmi les musiciens de notre ville sur un instrument où il est. Enfin, Messieurs, cette esquisse, tracée toute de souvenirs, serait imparfaite si je ne vous faisais remarquer qu'avec les dispositions d'esprit que nous lui connaissions, et après avoir assisté à l'avènement de dix gouvernements, sans compter les provisoires, notre confrère devait être nécessairement un peu sceptique sur les questions qui passionnent les générations actuelles.

Exclusivement géologue, ici encore, il n'admettait le progrès par révolutions successives et l'apparition de couches nouvelles que dans le domaine de la géologie. J'aborde maintenant, Messieurs, la partie la plus délicate de mon sujet, l'appréciation des travaux de notre confrère.

L'oeuvre de Leymerie est considérable et son étude serait longue et difficile s'il n'avait pris soin, en , d'en publier lui-même le catalogue avec des résumés et des notes analytiques qui en font bien ressortir l'esprit et l'importance relative. Ce catalogue comprend ouvrages, mémoires ou notes, dont le nombre s'est accru depuis et s'accroîtra encore par la publication d'importants mémoires que des mains pieuses ont recueillis depuis sa mort et qui sont en voie d'impression.

Avant son arrivée à Toulouse, Leymerie avait déjà publié des travaux dont quelques-uns avaient paru assez importants à l'Académie des sciences de Paris pour être insérés dans les mémoires des savants étrangers. Il s'était déjà placé au premier rang des géologues par ses recherches sur le terrain crétacé de l'Aube et le jurassique des environs de Lyon.

Depuis sa nomination à notre Faculté des sciences, Leymerie a publié des ouvrages didactiques et des travaux sur les Pyrénées et le midi de la France. Les premiers contiennent, premièrement, des éléments de minéralogie et de géologie qui ont eu les honneurs de plusieurs éditions.

J'ai déjà vanté en son temps et très sincèrement ce petit ouvrage qui se distingue par la clarté et la méthode, et où l'auteur a profité, avec un esprit vraiment éclectique, des progrès rapides faits depuis le commencement du siècle par la géologie. Il contient une table paléontologique des principaux fossiles, et la première édition renfermait une paléontologie en. En second lieu, un cours de minéralogie histoire naturelle en deux volumes. Leymerie, dans cet ouvrage, a voulu restituer la minéralogie à l'histoire naturelle et la soustraire aux empiétements des chimistes.

Cette tentative n'a pas paru également heureuse à tous les minéralogistes et l'on est obligé de reconnaître qu'il est difficile de séparer, comme le voudrait Leymerie, le minéral de la substance et que vouloir se priver; des propriétés chimiques et optiques des minéraux ou les traiter de secondaires, c'est méconnaître, je crois, un des progrès les plus remarquables de la science moderne.

Néanmoins, cet ouvrage se recommande par sa partie cristallogràphique, ses chapitres sur l'hémiédrie, et les formes alternes et par la simplicité de sa classification des minéraux. Notre confrère attachait à ce livre une grande importance. Par une méprise assez commune chez les savants, Leymerie s'est toujours cru plus minéralogiste que géologue, malgré son peu de succès comme réformateur dans une voie que je considère comme rétrograde. Voyons maintenant Leymerie aux prises avec les Pyrénées, qu'il étudia à peu près seul jusqu'en , c'est-à-dire pendant vingt-cinq ans.

En , la géologie pyrénéenne était à peine ébauchée. Les travaux de Charpentier, Palassou, Ramond, plutôt minéralogiques et lithologiques que géologiques, n'avaient aucune vue d'ensemble, et ce n'est qu'en et que Dufrénoy jette les premiers linéaments de l'édifice. Ce travail, exécuté dans une région disloquée, tourmentée et peu fossilifère, renfermait beaucoup d'imperfections qu'il était donné à Leymerie de réformer. En , notre confrère déclarait ses études à peu près terminées et annonçait la publication de la carte géologique des Pyrénées de la Haute-Garonne.

Voici quels étaient à cette époque les principaux résultats qu'il avait obtenus:. Le terrain de transition était divisé en silurien et devonien , ses limites et ses fossiles bien décrits. Le crétacé supérieur et l'éocène sont bien observés au point de vue stratigraphique et fossilifère ; leurs étages sont rapportés à ceux des mêmes terrains du reste de la France et de l'Europe; de plus, Leymerie décrit au-dessus de la craie de Maëstrich un nouvel étage immédiatement inférieur à l'éocène, étage auquel il donne le nom d'épicrétacé et qu'il reconnaît ensuite, en divers points du midi de la France, avec un aspect lacustre rutilant en certains points.

Ce terrain nouveau, admis de la plupart des géologues et correspondant au terrain du Danemark Danien, a pris définitivement le nom de Garumnien.

Les résultats qui suivent sont plus contestés. Il nie l'existence du crétacé inférieur et même d'une partie du moyen. Il range dans le Lias une assise importante de grès rouge et de poudingue que l'on peut voir aux environs d'Amélie-les-Bains.

Il nie également l'existence du terrain carbonifère. Il attribue, en revanche, au jurassique une importance considérable: Il place dans le Lias le calcaire à Dicérates de Dufrénoy. Au point de vue géogénique, partisan absolu du plutonisme, il fait jouer à l'ophite un rôle éminemment actif comme souleveur de montagnes et attribue la consistance marmoréenne du calcaire de Saint-Béat à la cuisson effectuée par cette roche éruptive.

Il n'admet pour cet ophite que la forme de typhon. La période glaciaire pyrénéenne trouve tout d'abord en lui un adversaire absolu, malgré les moraines bien caractérisées observées déjà, en , par Boubée aux environs de Luchon, malgré les travaux de MM.

Martins et Colomb dans la vallée , de Lourdes. Aussi, pour expliquer la présence dans la vallée d'Oueil de blocs erratiques de granit porphyroïde provenant des crêtes d'Oo, il est obligé de faire des hypothèses bien hardies pour un esprit aussi positif. Ces blocs ayant dû franchir, pour atteindre leur station actuelle, des crêtes hautes de mille mètres, il suppose d'abord que ces blocs ont été lancés pardessus ces crêtes dans les convulsions produites par le soulèvement des Pyrénées; plus tard, en , il suppose que les vallées des Pyrénées étaient comblées par des matériaux de transport aujourd'hui disparus et sur lesquels les blocs auraient cheminé.

Par une singulière coïncidence, au moment où Leymerie déclare ses études sur les Pyrénées à peu près terminées, quelques géologues se décident à aborder à leur tour ce difficile problème, frappés surtout qu'ils sont de voir les Pyrénées dépourvues, d'après Leymerie, d'assises aussi importantes, telles que le Laurentien, le cumbrien, le carbonifère, presque tous le lias et le crétacé inférieur.

Hébert rétablit le crétacé inférieur; M. Coquand rapporte au carbonifère le calcaire de Saint-Béat; enfin, Henry Magnan, dans son travail sur les petites Pyrénées de l'Ariège, attaque fermement les conclusions de Leymerie.

Il restitue au crétacé inférieur la plus grande partie du jurassique de Leymerie, rapporte le grès rouge pyrénéen au devonîen, avec lequel il est en concordance, démontre que l'ophite est une roche essentiellement passive et avance que les Pyrénées ne sont pas dues à des soulèvements, mais à d'immenses failles linéaires dont une lèvre est restée en saillie sur l'autre.

Les travaux de Magnan ont excité un grand enthousiasme parmi les jeunes étudiants de notre ville qui ont rapidement reconnu en lui un maître. Malheureusement, une mort terrible. En présence de ces affirmations multipliées, Leymerie se remet à l'oeuvre et, avec une franchise qui honore l'homme autant que le savant, il rectifie quelques-unes de ses conclusions premières: On peut regretter cependant que notre collègue n'ait pas, en cette circonstance, rendu plus justice aux travaux de Magnan.

En , un an avant sa mort, il persiste à ranger le grès rouge dans le Lias. Pour le calcaire de Saint-Béat, renonçant à le considérer comme jurassique métamorphique, il en fait peut-être du carbonifère, peut-être du Laurentien.

Il admet plusieurs âges pour l'ophite, et enfin, pour le glaciaire, il avoue que nos vallées pyrénéennes montrent d'assez nombreux indices de l'extension des glaciers. Vous le voyez, Messieurs, Leymerie a fait beaucoup pour les Pyrénées, mais son oeuvre n'est pas et ne pouvait pas être complété. Il reste encore des Pyrénées à étudier,. Le texte, presque tout entier imprimé, sauf ce qui regarde la plaine, a paru à l'Exposition universelle, et Leymerie a pu toucher, comme Copernic, son livre de sa main défaillante.

Une très belle carte et de belles planches de fossiles complètent ce monument géologique. Notre confrère laisse, de plus, une statistique minéralogique et géologique du département de l'Aube, et une statistique et carte géologique du département de l'Yonne, en collaboration avec M. Raulin, Cet ouvrage a donné lieu, a un. Au moment de la publication de ce travail, aucun des deux géologues ne veut voir son nom imprimé sous celui de l'autre; de là procès devant le tribunal de notre ville qui', par un jugement digne de Salomon, décida que les deux noms seraient sur une même ligne et que la priorité serait décidée par l'ordre alphabétique qui se trouva favorable à Leymerie.

Au moment de sa mort, Leymerie travailiait à la carte géologique de l'Aude, sur laquelle il a déjà publié quelques mémoires. Ces études seront probablement continuées par M. Notre collègue laisse de plus une collection minéralogique et géologique de la plus haute importance pour la région pyrénéenne, La ville de Toulouse s'empressera, nous l'espérons, d'enrichir notre musée de cette collection, qui sera comme la représentation géologique de nos belles montagnes, et que tous les géologues auront à coeur de consulter, ainsi que les jeunes étudiants, car de toutes sciences exactes la géologie est évidemment celle qui doit s'étudier le plus par les yeux du corps au service de l'esprit.

Telle est, Messieurs, l'existence modeste de notre regretté collègue. Leymerie s'est éteint après une longue carrière, laissant derrière lui une oeuvre considérable, entouré de la respectueuse affection d'une famille dont le sort le laissait sans inquiétude. Dans ces circonstances et avec la foi vive et sincère dont il était animé, la mort perd son caractère sinistre et brutal; c'est le flambeau épuisé qui s'éteint de lui-même et dont, la dernière flamme s'élève vers le ciel; c'est le soir d'un beau jour.

Après un discours qui a renouvelé nos regrets en reportant nos souvenirs vers une tombe à peine fermée, il est triste, pour celui qui est appelé à parler et pour ceux qui l'écoutent, de venir renouveler d'autres regrets plus poignants, parce que nous voyons encore ouverte la tombe où nous versons nos pleurs avec nos éloges.

Ainsi, dans cette dernière année, la mort a été cruelle envers notre Académie qu'elle a frappée successivement dans ses deux classes des sciences et des belles-lettres, prenant dans chacune entre les plus nobles victimes, et à chaque fois jetant le deuil, non-seulement dans notre Compagnie, mais encore dans plusieurs autres, nos soeurs et nos alliées, et dans l'Université, que le plus âgé ne cessait de servir avec un zèle qui ne vieillissait pas, et que l'autre, plus jeune, continuait d'honorer dans sa retraite, pleine d'activité.

Après Leymerie, dont vous venez d'entendre l'éloge, Barry, que je voudrais louer comme il le mérite. Il appartenait, dans la ligne paternelle, à une famille d'origine irlandaise, dont les ancêtres paraissent avoir embrassé la cause politique et religieuse des Stuarl, à la révolution de Quelques-uns d'eux purent assister, deux ans après, à la grande bataille de la Boyne, qui fut le Waterloo de Jacques IL Vaincus, ils ne voulurent ni s'associer à une prolongation de résistance inutile, ni se résigner à subir le gouvernement du vainqueur ; ils émigrèrent en France, comme leur roi, à qui Louis XIV offrit une magnifique hospitalité dans le château de Saint-Germain.

Pour eux, ils allèrent loin de là, vers le Midi, où leurs descendants étaient établis à Vienne, en Dauphiné, dans les années qui précédèrent notre révolution de Son père y était né, en Il s'était engagé tout jeune, volontaire dans l'armée royale, qui fut bientôt celle de la République. Il avait suivi sa carrière de brave soldat, montant successivement et assez rapidement les degrés de la hiérarchie militaire.

En , étant capitaine de dragons, il fut envoyé avec son régiment en garnison à Avesnes, où il connut et épousa Mlle Prisse, fille d'un garde général de vastes forêts qui s'étendent dans cette région. Ce mariage fut spécialement béni de Dieu, puisqu'il est admis qu'une nombreuse famille est le signe certain de cette bénédiction; treize enfants en naquirent 1.

Edward, le troisième dans. Elienne-Emile-Henri Barry, général de division, né en ; CharlesEmile Barry, professeur d'histoire au lycée de Toulouse, né en ; EdouardElienne-Gustave Barry, professeur de dessin au même lycée, né en Deux filles survivent aussi: Mesdames Aglaé Barry, née en , veuve de M. Florimond Malet, receveur des douanes, et Belzy Barry, née vers , épouse de M. Florimond Buquet, fllaleur à Turcoing.

Il ne les quitta que lorsqu'ayant fait, au collège de cette petite ville d'Avesnes, toutes les classes qu'il pouvait y faire utilement, il fut envoyé à Paris pour y terminer et perfectionner ses études. On m'a raconté que, dès ses années d'enfance et de première adolescence au sein de sa famille, il montra des goûts très vifs qu'on remarquait alors, mais qu'on rappela davantage plus tard, quand on crut y voir des signes prophétiques de l'avenir.

Il aimait beaucoup la lecture et dévorait vraiment tous les livres qui lui tombaient sous la main, livres de toutes sortes ou traitant de toutes matières pour lesquelles son esprit semblait toujours avoir une porte ouverte et son cerveau une case prête. Mais il aimait surtout les beaux livres, imprimés en beaux caractères, avec de belles gravures et bien reliés.

Il en prenait un soin minutieux et presque religieux, disposition rare chez les enfants; il se plaisait à s'en faire une bibliothèque à lui. A cette collection de livres il enjoignait, avec non moins d'amour, plusieurs autres; de cartes de géographie, de médailles, d'objets divers; collections de minéraux, d'insectes, de papillons, et aussi de morceaux de musique; car il l'aimait, et il jouait même du violon de manière à faire dire que, s'il continuait, il deviendrait au moins un amateur d'assez jolie force, sinon un artiste distingué.

Il m'a raconté lui-même que, dans ces premières années passées à Avesnes, il arrivait souvent que sa grand'mère lui faisait faire sa prière et la faisait elle-même à haute voix, à côté de lui, auprès d'une table où était étendue une carte de géographie, sur laquelle il posait ses mains jointes et inclinait sa tête.

Mais, en ce moment, il était beaucoup moins à la prière qu'il disait ou entendait qu'aux noms, aux lignes et aux divers dessins qu'il voyait sur cette carte. La psychologie pourrait trouver ici un problème: Je pose le problème: A Paris, pensionnaire au collège Sainte-Barbe , n'ayant plus la liberté de se laisser aller un peu capricieusement à ses divers goûts, il se concentra dans le travail des études classiques, et il s'y distingua par de sérieux progrès.

Aussi, lorsqu'en , la mort de son grand-père et les circonstances rendirent la prolongation de son séjour au collège trop onéreuse pour sa famille, le directeur, M. Delanneau, refusa de le laisser partir et le garda comme boursier. L'élève en témoigna sa reconnaissance par un redoublement de travail. Il en fut lui-même récompensé par un prix de rhétorique au grand concours. L'année suivante, ayant terminé sa classe de philosophie et muni du diplôme de bachelier ès-lettres, il se présenta au concours pour l'admission à l'Ecole normale, où il fut nommé le 25 octobre 4.

Ceux qui ne datent pas d'hier et qui n'oublient pas se rappellent que les ministres de la Restauration , généralement peu amis de l'Université, furent très hostiles à l'Ecole normale, dont ils réprouvaient et redoutaient ce qu'ils nommaient son mauvais esprit libéral. N'osant pourtant pas la supprimer, ils. Mais ce projet qui souriait peu au petit-fils fut abandonné à la mort de l'aïeul, et l'Ecole normale fut préférée par tous.

Ils avaient espéré que, sous une appellation nouvelle, ils auraient une nouvelle chose, plus conforme à leurs intentions qui étaient bonnes, je n'en doute pas, et en accord avec leurs idées qui étaient mauvaises, j'en doute encore moins. Mais quoi qu'ils eussent entrepris et même fait, sous certains rapports, l'Ecole était restée au fond ce qu'elle ne pouvait pas ne pas être suivant les lois de la nature plus fortes que les règlements des hommes.

En effet, des jeunes gens, français du XIXe siècle, élus parmi les meilleurs élèves et appelés à être de meilleurs maîtres, ne peuvent pas ne pas être animés d'un vif désir de connaître, aimant la science pour elle-même, pour la vérité qui les attire, et comprenant qu'ils ne doivent ni la chercher ni espérer de la trouver autrement que par la méthode de libre investigation à laquelle Descartes a eu l'honneur d'attacher son nom de philosophe et qui lui a valu d'être une des gloires impérissables dont notre grand siècle littéraire est illuminé.

Mais quiconque réfléchit voit évidemment que cette méthode cartésienne, tant et si justement recommandée depuis plus de deux siècles, n'est que l'application de l'esprit de liberté au développement légitime de l'intelligence.

J'avoue ne pas voir comment l'esprit de liberté pourrait ne pas être l'esprit libéral. Et quand de la région des idées où il cherche à satisfaire la raison, cet esprit passe dans la région des faits où il cherche à satisfaire la justice, je vois encore moins comment on ne le féliciterait pas d'être conséquent avec lui-même.

Aussi l'Ecole normale continua d'avoir son caractère essentiel, malgré tous les efforts pour le changer. Ou s'il est vrai, comme quelques-uns l'ont dit, qu'elle fut contrariée dans ses tendances, particulièrement durant cette année scolaire , — la première que notre confrère y passa —, la Révolution de Juillet lui permit de s'y laisser aller plus librement, peut-être même avec plus d'élan, comme un fleuve qui vient dé renverser sa digue.

Je craindrais de dessiner un portrait où la fantaisie aurait trop de part, si je voulais montrer le développement intellectuel et moral de notre normalien, pendaut ses trois ans d'école. A cette date d'une vingtaine d'années, tout est généralement indécis, on cherche sa voie, on ne se connaît pas et on ne se fait guère connaîtredes autres. C'est une époque dont on ne se rend quelque compte exact que lorsqu'on en est déjà très éloigné.

Ainsi le voyageur ne distingue bien les accidents de la vallée parcourue que lorsqu'il la voit du haut de la colline où il est enfin monté. Cependant il arrive quelquefois qu'une physionomie a certains traits caractéristiques ou expressifs, très remarquables'! J'en ai recueilli plusieurs, entre lesquels il en est deux qui me semblent curieux, sinon importants à citer. Le directeur de l'Ecole M.

Guigniaut remarqua la manière générale et semblable dont l'élève Barry composait, discutait, étudiait. Ses compositions étaient toujours pleines de grandes parenthèses qui faisaient oublier le texte, comme l'écrivain paraissait lui-même l'oublier. Dans les discussions, il s'attachait à des incidents qu'il développait longuement, de manière à exiger qu'on le rappelât à la question, qu'il ne traitait pas.

Aux études et aux travaux que le règlement ordonnait, il préférait souvent ceux qu'il s'imposait lui-même, quoique plus difficiles et plus pénibles. Ce que voyant, le directeur l'appela l'homme des autres choses.

Et le mot méritait de rester 1 ,. Un de ses camarades l'appela un jour grand aristocrate. Et le mot fut répété. On voulait désigner par-là non-seulement ses manières distinguées, sa tenue élégante, son besoin d'être entouré de belles choses, mais encore et surtout son dédain et presque son aversion et son horreur pour tout ce qui est commun, banal, vulgaire, dans quelque genre que ce soit, dans toute espèce d'art et de style, dans le fond et dans la.

Barry lui-même, qui ajoutait que ce directeur l'avait bien deviné et caractérisé. C'est à ceux qui l'ont connu homme fait et presque vieillard de dire comment il conservait encore à ces âges les traits essentiels de sa jeunesse, malgré quelques altérations de détail. Quand le moment de quitter l'Ecole fut venu, déjà promu au grade de licencié ès-lettres, il voulut prendre celui de docteur.

Sa thèse française ne fut pas de celles dont on ne parle guère que le jour où elle est soutenue, et qui est oubliée le lendemain ou peu après par le rare public qui en a entendu la soutenance, par lés examinateurs qui l'ont jugée et quelquefois même par le candidat qui l'a écrite.

Celle-ci, au contraire, parut une oeuvre de maître plutôt qu'un essai d'écolier, et les catalogues de plusieurs libraires savants en ont prolongé le souvenir qui s'y retrouve encore. Essai sur les vicissitudes et les transformations du cycle populaire de Robin Hood 1. Pour réussir dans l'étude de ce recueil de ballades, dont les rédactions paraissent s'être succédé pendant plus de quatre siècles; pour en assigner l'origine, en reconnaître la partie primitive, rétablie dans sa pureté et dégagée de tout ce qui est venu s'y ajouter successivement; pour distinguer ces additions, les classer et les rapporter chacune à leurs diverses causes, il fallait en histoire des connaissances assez étendues, en philosophie morale quelques notions élevées, en critique littéraire de la sagacité et de la finesse.

Les censeurs officiels de la thèse jugèrent qu'elle ne manquait pas de ces qualités; la discussion orale les fit briller encore plus dans l'auteur. Les deux épreuves lui valurent d'être reçu docteur avec de vives félicitations le 23 juillet Quelques semaines après, il subit d'autres épreuves, plus difficiles à certains égards, dans le concours pour l'agrégation aux classes d'histoire et de géographie.

Il en sortit avec le même succès comme il en reçut avis le 25 septembre. Docteur et agrégé à l'âge de 23 ans et demi, ce brillant écolier de la veille fut aussitôt nommé professeur d'histoire au lycée de Lyon, l'un des plus importants de l'Université, sans en excepter ceux de Paris 4.

C'eût été beaucoup pour un autre: Il se trouvait trop à l'étroit dans cette chaire d'enseignement secondaire, et il le prouva par un fait digne d'être remarqué. Ce chapitre fit, en effet, grand honneur au traducteur; mais l'oeuvre en resta là pour cette année 2. A la fin de cette même année, la chaire d'histoire à notre Faculté des lettres devint vacante pour la troisième fois depuis.

Nouseille, précédemment professeur d'histoire, et qui fut, plus tard, Recteur à Toulouse. Cette instabilité, quelle qu'en fût la cause, parut, non sans raison, avoir de graves inconvénients 4. On résolut d'y porter remède en nommant un professeur qui pût prendre racine dans ce sol universitaire toulousain et se montrer à la hauteur de la fonction, reconnue difficile, qu'on voudrait lui confier.

Le choix tomba sur Edward Barry. L'événement a prouvé qu'en ce jour le ministre c'était M. Guizot n'eut pas la main trop malheureuse. Le même professeur occupait encore la même chaire quarante ans plus tard. Je le dis tout de suite, parce qu'on paraît trop l'avoir oublié ou même ignoré: Au début, le jeune professeur, qui n'était encore qu'un élève de l'Ecole normale ayant fait une année de stage dans un lycée, ne cessait pas de subir le charme des grandes et solennelles leçons qu'il avait entendues de ses maîtres à Paris, Guizot et Michelet pour l'histoire, Villemain pour la littérature, Cousin pour la philosophie.

D'accord avec ce qu'on nommerait bien le suffrage universel de la France et même d'une partie de l'Europe lettrée à cette, époque, il les admirait comme les plus beaux modèles, presque l'idéal du professeur de Faculté. Il mettait son ambition à se faire reconnaître pour un de leurs élèves; son désir était de marcher sur leurs traces, à quelque long intervalle que ce fût.

Son idée dominante à cette époque, je dirais même unique puisque presque toutes ses pensées s'y rapportaient comme des rayons à leur centre, était le projet éminemment national d'une histoire des peuples qui ont successivement habité notre pays, en les. Car il était à cet heureux moment de la vie où, contrairement à ce qui, suivant le mot du poète , arrive fatalement à la vieillesse, tout invite doucement et même pousse violemment à concevoir les longues espérances.

Occupant une chaire d'enseignement à Toulouse, dans le Midi, c'est aussi dans cette partie de notre pays qu'il se proposait spécialement d'étudier et de faire étudier à tous ceux qui voudraient le suivre ce grand drame de l'humanité se développant, de génération en génération, sous l'influence de causes très nombreuses et très diverses, intrinsèques et extrinsèques, d'abord luttant les unes contre les autres, puis se conciliant par des concessions réciproques, enfin s'accordant pour conduire les peuples à un but qu'on ne voit que lorsqu'il est atteint et qui en laisse immédiatement soupçonner, un autre au delà.

C'est le sens de ses paroles , sinon le texte même. Pour exprimer toute sa pensée, il faut ajouter que, sans nier: Il ne se borna pas à l'annoncer de vive voix et directement à ses auditeurs, il voulut le faire savoir à tous, d'une manière plus éclatante, quoique indirecte, par la publication d'un long article, équivalant à un opuscule, que dès cette première année de son cours il fit insérer dans une Revue de Toulouse 4.

En le relisant naguère, plusieurs passages me faisaient une telle illusion qu'avec un simple changement de quelques mots et de forme, je croyais entendre des fragments de leçons. Fauriel, professeur à la Faculté des lettres de Paris, intitulé: Histoire de la Gaule méridionale sous la domination des conquérants germains, par M.

Edward Barry, professeur d'histoire à la Faculté des lettres de Toulouse. Ce fragment, que je ne peux répéter sans plaisir ni sans quelque émotion, met bien en saillie la pensée principale du jeune professeur, et montre entouré d'une vive lumière le but final qu'il assignait à ses leçons.

Il est aussi un indice et un exemple de sa première manière de professer: Alors, suivant la méthode qu'on appelle synthétique, il mettait ensemble des multitudes de détails immensément éparpillés, il les résumait ou condensait en un moindre nombre de faits généraux qu'il rangeait par groupes et dont il cherchait les causes; il lâchait d'élever ces causes à la hauteur des grandes lois égales à des principes générateurs qu'on voit ensuite se dérouler nécessairement ou logiquement en des séries indéfinies de conséquences, d'effets et de cas particuliers ou individuels, dont une autre histoire entreprend de faire des narrations détaillées, suivant l'autre méthode qu'on appelle analytique.

En enseignant ainsi, son discours était toujours correct, souvent élégant et coloré, pittoresque; il prenait quelquefois la forme oratoire avec l'accent; et alors il lui arrivait aussi de trouver des mouvements d'éloquence vraie, de l'éloquence qui ; émeut parce qu'elle est le son d'une âme émue 1.

Messieurs, des leçons de ce genre étaient une nouveauté dans la chaire d'histoire à notre Faculté des lettres ; elles piquèrent la curiosité, excitèrent l'intérêt qui augmentait encore par la jeunesse du professeur; elles attirèrent une grande partie des auditeurs qui se pressaient en foule à d'autres cours.

Le succès ne persista pas tel que les commencements paraissaient le prédire et que le professeur l'espérait ; mieux encore tel qu'il le méritait par ses intentions, par ses efforts et par les qualités peu communes qu'il y montrait au jugement des plus vrais connaisseurs et dont vous venez vous-mêmes de pouvoir juger.

Mais certaines conditions importantes semblèrent manquer à la fois à celui qui parlait et à ceux qui l'écoutaient. Lui , le maître encore si jeune, il n'était pas assez fort pour maîtriser vraiment ceux qui devenaient ses disciples, pour les échauffer, les animer et les entraîner dans les grandes voies de la science élevée où il paraissait s'égarer lui-même quelquefois et se perdre momentanément, comme dans un labyrinthe dont on ne retrouve plus ni l'entrée ni la sortie.

N'avait-il pas dit que cette histoire était difficile et délicate, obscure comme la nuit? Et ses auditeurs n'étaient pas généralement assez forts pour le bien comprendre, pour le soutenir du concours sympathique de leur intelligence et pour l'encourager à marcher toujours en avant, en s'encourageant eux-mêmes à le suivre, de quelque loin que ce fût, malgré les difficultés et les obscurités de la route.

Car le professeur dans sa chaire, non moins que l'orateur à la tribune, ou que l'acteur sur la scène, a besoin de l'appui moral et de l'approbation manifeste de son public pour déployer toutes ses facultés.

Cette faiblesse d'un auditoire manquant d'études préliminaires bien dirigées et bien suivies le frappa surtout dans les jeunes gens qu'il voyait face à face à ces examens du baccalauréat ès-lettres, où il ne suffit pas de venir ce qu'on appelle préparé pour être véritablement prêt.

Où l'art n'est pas, il ne sert à rien de glisser l'artifice. Beaucoup d'autres déploraient ce défaut de notre instruction publique, où les classes de l'enseignement secondaire ne donnaient pas assez les connaissances indispensables pour suivre utilement les cours de l'enseignement supérieur. Pour lui, qui sentait peut-être ce mal avec une vivacité plus grande, il ne se borna pas à s'en plaindre, il voulut tenter de le réparer dans le présent et de le prévenir.

Afin d'atteindre ce but, dans la quatrième année de son cours à la Faculté, il publia, en un petit format et sous le titre modeste de Programme d'études historiques et géographiques, un véritable Précis ou Manuel d'histoire universelle. J'oserais dire que cet ouvrage était supérieur à beaucoup d'autres plus renommés; mais cette supériorité même fut un tort, j'entends un obstacle à de plus grands succès.

Le livre était aussi trop fort pour les lecteurs auxquels l'auteur le destinait 1. Pendant les deux années qui suivirent, il resta aussi ce qu'il était au début: Aux termes de la loi universitaire, il ne pouvait pas monter plus haut, vu sa jeunesse. Mais quand il eut franchi la barrière de la trentième année, on fut unanime pour dire qu'on devait lui faire franchir aussi l'autre barrière qui le séparait de l'honneur du professorat en titre.

Sur la double présentation de la Faculté et du Conseil académique, le ministre c'était M. Villemain lui en donna l'investiture par son arrêté du 5 juin Peu d'années après, un autre changement plus grave s'opéra dans sa situation au sein de la Société. La jeune épouse d'un nouveau collègue eut l'idée de l'enlever lui aussi au célibat et de lui donner pour compagne une de ses intimes amies, avec qui elle serait heureuse de vivre dans la ville de Toulouse, où elle se trouvait étrangère et bien isolée.

Ce projet ne fut repoussé d'aucun côté. Mais une difficulté surgit de la diffé 1. Mlle Mathilde Teulon était de la Réforme. A plusieurs qualités d'un ordre élevé, elle joignait celle, peu commune de nos jours, d'être une croyante sincère sans affectation, fervente sans exaltation, zélée sans intolérance, pieuse sans bigoterie, et d'autant plus fermement attachée au culte de ses pères.

Elle ne voulait pas seulement y rester fidèle elle-même, personne ne songeait à lui proposer l'abjuration; elle exigeait de plus que tous ses enfants ne fussent pas élevés dans une autre foi que la sienne à Christ, Sauveur du monde. Singulière proposition faite à un fils de catholiques émigrés d'Irlande pour éviter la persécution des protestants par une fille de protestants victimes des catholiques révoquant l'Edit de Nantes! Plusieurs ne trouvèrent pas moins singulier que notre confrère l'acceptât.

Le mariage fut cependant contracté à cette condition. Un des signes du temps! Vers cette même année, il fut élu associé ordinaire de notre Académie. Il lui appartenait déjà de fait par les liens de plusieurs amitiés intimes 2 et par ceux de la confraternité littéraire: Nous savons tous combien il prit au sérieux ce dernier mot et comme il se montra convaincu qu'on appartient à la compagnie qui vous a élu et qu'on ne respecte pas toutes les convenances en négligeant après ce qu'on a désiré avant.

Nul n'était plus assidu que lui à nos séances hebdomadaires ni plus exact à payer le tribut annuel des lectures imposées par nos statuts.

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Grâce à ce dédain des chemins de traverse, il ne rencontra que très-tard les honneurs et les satisfactions de l'amour-propre que, par une loi fatale, on recherche d'ordinaire à un moment donné de la vie. En ce qui concerne notre compagnie, j'ai constaté avec surprise qu'il a assisté pendant de longues années en soldat assidu et vigilant à nos séances, mais qu'il s'est toujours refusé à faire partie des officiers de l'Académie. Elève dupycée Louis-le-Grand, il obtint, à la fin de ses études, un prix de physique au concours gênérai et entra bientôt après à l'Ecole polytechnique.

Mais c'est vers l'enseignement qu'il se sent attiré et nous le trouvons en au collège de Troyes à titre de professeur de géométrie et de mécanique appliquée aux arts; puis, deux ans plus tard, une chaire de professeur de mathématiques spéciales et dé physique est créée pour lui au même collège. C'est là qu'une circonstance fortuite est venue lui révéler sa véritable vocation: La collection restaurée par ses soins fut mise dans une salle à part et devint l'origine du Musée de Troyes, dont l'importance est, paraît-il, aujourd'hui assez considérable.

Peu de temps après, en , Leymerie, communiqua à la Société des sciences et arts de l'Aube son Essai sur les pyrites des environs de Troyes, qui est son premier titre scientifique et son premier pas dans cette science qui devait le passionner pendant tout le reste de son existence.

A partir de ce moment, il rassemble les matériaux de la Statistique minéralogique et géologique du département de l'Aube, qu'il ne publiera qu'en Il n'y a pas lieu, je crois, de s'étonner que Leymerie ne soit devenu que tardivement géologue; il en a été de même pour Elie de Beaumont, M.

Hébert, Lartet père, etc. C'est que la géologie est une science qui demande une grande maturité;. La géologie exige de plus une activité spéciale, le flair de l'antiquaire pour découvrir la médaille géologique, le fossile caractéristique destiné à fixer les, incertitudes sur l'âge et les relations des couches stratifiées; elle exige, enfin, des qualités physiques particulières, le mens sana in corpore sano que Leymerie possédait au plus haut degré, sous une frêle apparence, et qui lui a permis de faire facilement des ascensions devant lesquelles les excursionnistes de profession reculent quelquefois ou dont ils n'affrontent les difficultés qu'en se disant, comme les compagnons d'Enée:.

Riche des matériaux que lui avait fournis en abondance le terrain crétacé de l'Aube, Leymerie accepte, en , une chaire de physique et de mathématiques à l'Ecole industrielle de La Martinière, à Lyon, dont il devient bientôt après directeur. Là, son horizon géologique s'agrandit ; ses études sur le terrain jurassique l'amènent à séparer, à la base de ce terrain, les couches qu'il appela du nom d'infra-lias, et qui sont aujourd'hui admises sans conteste.

En , il se décide à s'adonner exclusivement à la géologie et revient à Paris pour suivre les leçons d'Elie de Beaumont, pour lequel il a conservé toute sa vie une admiration sincère. Il publie le résultat de ses recherches dans les départements qu'il a activement explorés. Enfin, en , il subit les épreuves du doctorat ès-sciences, et vers la fin de la même année il vient occuper à Toulouse la chaire de géologie et de minéralogie à la Facnlté des sciences, chaire qu'il occupera jusqu'à sa mort.

A partir de , Leymerie nous appartient tout entier, et il [resserra encore les liens qui l'attachaient à Toulouse en s'alliant à la famille de M. Léon, ancien professeur à notre Faculté des sciences. Quand Leymerie vint à Toulouse, notre Faculté possédait déjà des professeurs éminents dans les sciences d'observation et d'expérimentation, tels que Pinaud, l'élégant physicien, auteur d'un excellent programme de physique ; M.

Boisgiraud, dont la vaste érudition embrassait la physique, la chimie et les sciences mathématiques; Moquin-Tandon, le savant botaniste auteur de la Tératologie végétale, zoologue distingué que Paris; nous a enlevé depuis ; enfin, il y trouvait aussi M. Joly, notre savant maître, qui se recueille aujourd'hui dans la retraite pour condenser dans de nouveaux travaux le résultat de ses longues recherches.

Dans un pareil milieu, l'émulation était facile; aussi Leymerie se mit-il immédiatement à l'oeuvre. Il se sentit, dès le début, attiré par la montagne. Il mesura la tâche qu'il avait à remplir et se mit en mesure de porter la lumière dans ce chaos de dislocations, de redressements, de soulèvements qui font des Pyrénées un vaste champ d'études encore à peu près inexploré à cette époque. Des excursions nombreuses qu'il s'imposa dans les diversdépartements de la France lui permirent d'établir des comparaisons entre la montagne et la plaine et d'étendre encore le champ de ses investigations.

Pendant de longues années, Leymerie exploita à peu près seul le vaste sujet d'études que lui offraient les Pyrénées ; aussi mettait-il à les défendre une légitime ardeur. Il y a trois ans, à la réunion des Sociétés savantes, M. Lory, de la Faculté de Grenoble, passionné de son côté pour les Alpes, exaltait ses montagnes et invitait les jeunes travailleurs à tourner de ce. Leymerie, après avoir donné de nombreux signes d'impatience, se dresse et proteste au nom des Pyrénées qu'il appelle la reine des montagnes.

Alors s'éleva entre les deux géologues, l'Alpin et le Pyrénéen, une discussion que j'aurais voulu pouvoir recueillir et qui constituerait une comparaison des plus savantes et des plus pittoresques entre les deux chaînes rivales. Vous vous rappelez également qu'un astronome toulousain, directeur de l'Observatoire, le regrettable Petit, annonça un jour, en se basant sur l'observation du pendule, que les Pyrénées étaient creuses et ressemblaient à de gigantesques beignets soufflés.

Le coeur du géologue bondit et son indignation s'exhala d'abord au sein de notre Académie et déborda ensuite dans les journaux de la ville. Et le marteau frappait et frappait dru sur le malheureux détracteur du massif pyrénéen. Au reste, Leymerie a conservé jusqu'au dernier jour une horreur invincible pour les théories nouvelles, et c'était avec une grande franchise qu'il les attaquait soit au sein de l'Académie, soit dans ses écrits, soit dans son enseignement.

Ainsi, entendant proclamer par un chimiste que l'hydrogène est un métal: On a reproché à Leymerie de manquer de cette bonté que les savants de son mérite témoignent d'ordinaire aux jeunes débutants et aux travailleurs qui ont besoin de trouver un appui et un guide dans leurs premiers pas dans la science.

Ce reproche est, je crois, exagéré. Dans les entretiens, dans les conférences, dans les excursions géologiques, ses élèves le trouvaient toujours simple et serviable, empressé même à leur fournir les moyens d'instruction ; mais, prenant exemple sur lui-même, il se montrait hostile à ceux qui voulaient arriver trop vite et par d'autres voies que le travail.

D'ailleurs, Messieurs, la philosophie enseigne, je crois, que le genre d'études, les habitudes de l'esprit réagissent nécessairement sur le caractère de l'homme, et, à ce compte, que dirat-on d'un géologue complètement absorbé, comme celui-ci, par des études entièrement positives, ne se permettant que de rares excursions dans le domaine des théories générales et doublé, par surcroît, d'un ancien lauréat et professeur de physique!

L'enseignement oral de Leymerie n'était pas à la hauteur de son enseignement écrit. Néanmoins, sur le terrain, au milieu des matériaux de ses études, il savait donner à ses démonstrations un véritable intérêt.

J'ai souvenir d'une matinée de sur les hauteurs de Pech-David où, nous développant les résultats d'un de ses récents travaux, il nous fit remarquer la position élevée de Toulouse au-dessus de Saint-Cyprien qui a payé cher, depuis, cette différence de niveau, où il nous fit constater l'ancien confluent du Lhers et de la Garonne et la fusion de leurs deux vallées, ainsi que la différence de constitution des collines et de la plaine, si importante au point de vue agricole.

Dans une autre excursion, nous parcourions les plateaux successifs qui s'étagent de Toulouse à Pujaudran et dont il attribuait la formation à la Garonne qui, suivant une loi générale, se serait retirée vers l'est, formant les escarpements abruptes de la face occidentale de Pech-David, tandis que le Lhers, se retirant de l'autre côté, formait les pentes douces de la partie orientale. La géologie n'était cependant pas l'unique passion de notre confrère.

Comme il arrive assez souvent chez les savants adonnés à des études positives, il cherchait une distraction et un délassement soit dans l'audition, soit dans l'exécution de la musique la plus savante. Les musiciens les plus expérimentés rendaient hommage à la sûreté et à la sévérité de son jugement et de son sens musical. Sous ce rapport, notre confrère revit dans un des membres de sa famille qui occupe un rang élevé parmi les musiciens de notre ville sur un instrument où il est.

Enfin, Messieurs, cette esquisse, tracée toute de souvenirs, serait imparfaite si je ne vous faisais remarquer qu'avec les dispositions d'esprit que nous lui connaissions, et après avoir assisté à l'avènement de dix gouvernements, sans compter les provisoires, notre confrère devait être nécessairement un peu sceptique sur les questions qui passionnent les générations actuelles.

Exclusivement géologue, ici encore, il n'admettait le progrès par révolutions successives et l'apparition de couches nouvelles que dans le domaine de la géologie. J'aborde maintenant, Messieurs, la partie la plus délicate de mon sujet, l'appréciation des travaux de notre confrère.

L'oeuvre de Leymerie est considérable et son étude serait longue et difficile s'il n'avait pris soin, en , d'en publier lui-même le catalogue avec des résumés et des notes analytiques qui en font bien ressortir l'esprit et l'importance relative. Ce catalogue comprend ouvrages, mémoires ou notes, dont le nombre s'est accru depuis et s'accroîtra encore par la publication d'importants mémoires que des mains pieuses ont recueillis depuis sa mort et qui sont en voie d'impression. Avant son arrivée à Toulouse, Leymerie avait déjà publié des travaux dont quelques-uns avaient paru assez importants à l'Académie des sciences de Paris pour être insérés dans les mémoires des savants étrangers.

Il s'était déjà placé au premier rang des géologues par ses recherches sur le terrain crétacé de l'Aube et le jurassique des environs de Lyon. Depuis sa nomination à notre Faculté des sciences, Leymerie a publié des ouvrages didactiques et des travaux sur les Pyrénées et le midi de la France.

Les premiers contiennent, premièrement, des éléments de minéralogie et de géologie qui ont eu les honneurs de plusieurs éditions. J'ai déjà vanté en son temps et très sincèrement ce petit ouvrage qui se distingue par la clarté et la méthode, et où l'auteur a profité, avec un esprit vraiment éclectique, des progrès rapides faits depuis le commencement du siècle par la géologie.

Il contient une table paléontologique des principaux fossiles, et la première édition renfermait une paléontologie en. En second lieu, un cours de minéralogie histoire naturelle en deux volumes. Leymerie, dans cet ouvrage, a voulu restituer la minéralogie à l'histoire naturelle et la soustraire aux empiétements des chimistes. Cette tentative n'a pas paru également heureuse à tous les minéralogistes et l'on est obligé de reconnaître qu'il est difficile de séparer, comme le voudrait Leymerie, le minéral de la substance et que vouloir se priver; des propriétés chimiques et optiques des minéraux ou les traiter de secondaires, c'est méconnaître, je crois, un des progrès les plus remarquables de la science moderne.

Néanmoins, cet ouvrage se recommande par sa partie cristallogràphique, ses chapitres sur l'hémiédrie, et les formes alternes et par la simplicité de sa classification des minéraux. Notre confrère attachait à ce livre une grande importance.

Par une méprise assez commune chez les savants, Leymerie s'est toujours cru plus minéralogiste que géologue, malgré son peu de succès comme réformateur dans une voie que je considère comme rétrograde. Voyons maintenant Leymerie aux prises avec les Pyrénées, qu'il étudia à peu près seul jusqu'en , c'est-à-dire pendant vingt-cinq ans. En , la géologie pyrénéenne était à peine ébauchée. Les travaux de Charpentier, Palassou, Ramond, plutôt minéralogiques et lithologiques que géologiques, n'avaient aucune vue d'ensemble, et ce n'est qu'en et que Dufrénoy jette les premiers linéaments de l'édifice.

Ce travail, exécuté dans une région disloquée, tourmentée et peu fossilifère, renfermait beaucoup d'imperfections qu'il était donné à Leymerie de réformer. En , notre confrère déclarait ses études à peu près terminées et annonçait la publication de la carte géologique des Pyrénées de la Haute-Garonne. Voici quels étaient à cette époque les principaux résultats qu'il avait obtenus:.

Le terrain de transition était divisé en silurien et devonien , ses limites et ses fossiles bien décrits. Le crétacé supérieur et l'éocène sont bien observés au point de vue stratigraphique et fossilifère ; leurs étages sont rapportés à ceux des mêmes terrains du reste de la France et de l'Europe; de plus, Leymerie décrit au-dessus de la craie de Maëstrich un nouvel étage immédiatement inférieur à l'éocène, étage auquel il donne le nom d'épicrétacé et qu'il reconnaît ensuite, en divers points du midi de la France, avec un aspect lacustre rutilant en certains points.

Ce terrain nouveau, admis de la plupart des géologues et correspondant au terrain du Danemark Danien, a pris définitivement le nom de Garumnien. Les résultats qui suivent sont plus contestés. Il nie l'existence du crétacé inférieur et même d'une partie du moyen. Il range dans le Lias une assise importante de grès rouge et de poudingue que l'on peut voir aux environs d'Amélie-les-Bains. Il nie également l'existence du terrain carbonifère.

Il attribue, en revanche, au jurassique une importance considérable: Il place dans le Lias le calcaire à Dicérates de Dufrénoy. Au point de vue géogénique, partisan absolu du plutonisme, il fait jouer à l'ophite un rôle éminemment actif comme souleveur de montagnes et attribue la consistance marmoréenne du calcaire de Saint-Béat à la cuisson effectuée par cette roche éruptive.

Il n'admet pour cet ophite que la forme de typhon. La période glaciaire pyrénéenne trouve tout d'abord en lui un adversaire absolu, malgré les moraines bien caractérisées observées déjà, en , par Boubée aux environs de Luchon, malgré les travaux de MM. Martins et Colomb dans la vallée , de Lourdes.

Aussi, pour expliquer la présence dans la vallée d'Oueil de blocs erratiques de granit porphyroïde provenant des crêtes d'Oo, il est obligé de faire des hypothèses bien hardies pour un esprit aussi positif. Ces blocs ayant dû franchir, pour atteindre leur station actuelle, des crêtes hautes de mille mètres, il suppose d'abord que ces blocs ont été lancés pardessus ces crêtes dans les convulsions produites par le soulèvement des Pyrénées; plus tard, en , il suppose que les vallées des Pyrénées étaient comblées par des matériaux de transport aujourd'hui disparus et sur lesquels les blocs auraient cheminé.

Par une singulière coïncidence, au moment où Leymerie déclare ses études sur les Pyrénées à peu près terminées, quelques géologues se décident à aborder à leur tour ce difficile problème, frappés surtout qu'ils sont de voir les Pyrénées dépourvues, d'après Leymerie, d'assises aussi importantes, telles que le Laurentien, le cumbrien, le carbonifère, presque tous le lias et le crétacé inférieur.

Hébert rétablit le crétacé inférieur; M. Coquand rapporte au carbonifère le calcaire de Saint-Béat; enfin, Henry Magnan, dans son travail sur les petites Pyrénées de l'Ariège, attaque fermement les conclusions de Leymerie.

Il restitue au crétacé inférieur la plus grande partie du jurassique de Leymerie, rapporte le grès rouge pyrénéen au devonîen, avec lequel il est en concordance, démontre que l'ophite est une roche essentiellement passive et avance que les Pyrénées ne sont pas dues à des soulèvements, mais à d'immenses failles linéaires dont une lèvre est restée en saillie sur l'autre. Les travaux de Magnan ont excité un grand enthousiasme parmi les jeunes étudiants de notre ville qui ont rapidement reconnu en lui un maître.

Malheureusement, une mort terrible. En présence de ces affirmations multipliées, Leymerie se remet à l'oeuvre et, avec une franchise qui honore l'homme autant que le savant, il rectifie quelques-unes de ses conclusions premières: On peut regretter cependant que notre collègue n'ait pas, en cette circonstance, rendu plus justice aux travaux de Magnan.

En , un an avant sa mort, il persiste à ranger le grès rouge dans le Lias. Pour le calcaire de Saint-Béat, renonçant à le considérer comme jurassique métamorphique, il en fait peut-être du carbonifère, peut-être du Laurentien. Il admet plusieurs âges pour l'ophite, et enfin, pour le glaciaire, il avoue que nos vallées pyrénéennes montrent d'assez nombreux indices de l'extension des glaciers. Vous le voyez, Messieurs, Leymerie a fait beaucoup pour les Pyrénées, mais son oeuvre n'est pas et ne pouvait pas être complété.

Il reste encore des Pyrénées à étudier,. Le texte, presque tout entier imprimé, sauf ce qui regarde la plaine, a paru à l'Exposition universelle, et Leymerie a pu toucher, comme Copernic, son livre de sa main défaillante. Une très belle carte et de belles planches de fossiles complètent ce monument géologique. Notre confrère laisse, de plus, une statistique minéralogique et géologique du département de l'Aube, et une statistique et carte géologique du département de l'Yonne, en collaboration avec M.

Raulin, Cet ouvrage a donné lieu, a un. Au moment de la publication de ce travail, aucun des deux géologues ne veut voir son nom imprimé sous celui de l'autre; de là procès devant le tribunal de notre ville qui', par un jugement digne de Salomon, décida que les deux noms seraient sur une même ligne et que la priorité serait décidée par l'ordre alphabétique qui se trouva favorable à Leymerie.

Au moment de sa mort, Leymerie travailiait à la carte géologique de l'Aude, sur laquelle il a déjà publié quelques mémoires. Ces études seront probablement continuées par M. Notre collègue laisse de plus une collection minéralogique et géologique de la plus haute importance pour la région pyrénéenne, La ville de Toulouse s'empressera, nous l'espérons, d'enrichir notre musée de cette collection, qui sera comme la représentation géologique de nos belles montagnes, et que tous les géologues auront à coeur de consulter, ainsi que les jeunes étudiants, car de toutes sciences exactes la géologie est évidemment celle qui doit s'étudier le plus par les yeux du corps au service de l'esprit.

Telle est, Messieurs, l'existence modeste de notre regretté collègue. Leymerie s'est éteint après une longue carrière, laissant derrière lui une oeuvre considérable, entouré de la respectueuse affection d'une famille dont le sort le laissait sans inquiétude. Dans ces circonstances et avec la foi vive et sincère dont il était animé, la mort perd son caractère sinistre et brutal; c'est le flambeau épuisé qui s'éteint de lui-même et dont, la dernière flamme s'élève vers le ciel; c'est le soir d'un beau jour.

Après un discours qui a renouvelé nos regrets en reportant nos souvenirs vers une tombe à peine fermée, il est triste, pour celui qui est appelé à parler et pour ceux qui l'écoutent, de venir renouveler d'autres regrets plus poignants, parce que nous voyons encore ouverte la tombe où nous versons nos pleurs avec nos éloges. Ainsi, dans cette dernière année, la mort a été cruelle envers notre Académie qu'elle a frappée successivement dans ses deux classes des sciences et des belles-lettres, prenant dans chacune entre les plus nobles victimes, et à chaque fois jetant le deuil, non-seulement dans notre Compagnie, mais encore dans plusieurs autres, nos soeurs et nos alliées, et dans l'Université, que le plus âgé ne cessait de servir avec un zèle qui ne vieillissait pas, et que l'autre, plus jeune, continuait d'honorer dans sa retraite, pleine d'activité.

Après Leymerie, dont vous venez d'entendre l'éloge, Barry, que je voudrais louer comme il le mérite. Il appartenait, dans la ligne paternelle, à une famille d'origine irlandaise, dont les ancêtres paraissent avoir embrassé la cause politique et religieuse des Stuarl, à la révolution de Quelques-uns d'eux purent assister, deux ans après, à la grande bataille de la Boyne, qui fut le Waterloo de Jacques IL Vaincus, ils ne voulurent ni s'associer à une prolongation de résistance inutile, ni se résigner à subir le gouvernement du vainqueur ; ils émigrèrent en France, comme leur roi, à qui Louis XIV offrit une magnifique hospitalité dans le château de Saint-Germain.

Pour eux, ils allèrent loin de là, vers le Midi, où leurs descendants étaient établis à Vienne, en Dauphiné, dans les années qui précédèrent notre révolution de Son père y était né, en Il s'était engagé tout jeune, volontaire dans l'armée royale, qui fut bientôt celle de la République. Il avait suivi sa carrière de brave soldat, montant successivement et assez rapidement les degrés de la hiérarchie militaire.

En , étant capitaine de dragons, il fut envoyé avec son régiment en garnison à Avesnes, où il connut et épousa Mlle Prisse, fille d'un garde général de vastes forêts qui s'étendent dans cette région. Ce mariage fut spécialement béni de Dieu, puisqu'il est admis qu'une nombreuse famille est le signe certain de cette bénédiction; treize enfants en naquirent 1.

Edward, le troisième dans. Elienne-Emile-Henri Barry, général de division, né en ; CharlesEmile Barry, professeur d'histoire au lycée de Toulouse, né en ; EdouardElienne-Gustave Barry, professeur de dessin au même lycée, né en Deux filles survivent aussi: Mesdames Aglaé Barry, née en , veuve de M. Florimond Malet, receveur des douanes, et Belzy Barry, née vers , épouse de M.

Florimond Buquet, fllaleur à Turcoing. Il ne les quitta que lorsqu'ayant fait, au collège de cette petite ville d'Avesnes, toutes les classes qu'il pouvait y faire utilement, il fut envoyé à Paris pour y terminer et perfectionner ses études. On m'a raconté que, dès ses années d'enfance et de première adolescence au sein de sa famille, il montra des goûts très vifs qu'on remarquait alors, mais qu'on rappela davantage plus tard, quand on crut y voir des signes prophétiques de l'avenir.

Il aimait beaucoup la lecture et dévorait vraiment tous les livres qui lui tombaient sous la main, livres de toutes sortes ou traitant de toutes matières pour lesquelles son esprit semblait toujours avoir une porte ouverte et son cerveau une case prête.

Mais il aimait surtout les beaux livres, imprimés en beaux caractères, avec de belles gravures et bien reliés. Il en prenait un soin minutieux et presque religieux, disposition rare chez les enfants; il se plaisait à s'en faire une bibliothèque à lui.

A cette collection de livres il enjoignait, avec non moins d'amour, plusieurs autres; de cartes de géographie, de médailles, d'objets divers; collections de minéraux, d'insectes, de papillons, et aussi de morceaux de musique; car il l'aimait, et il jouait même du violon de manière à faire dire que, s'il continuait, il deviendrait au moins un amateur d'assez jolie force, sinon un artiste distingué.

Il m'a raconté lui-même que, dans ces premières années passées à Avesnes, il arrivait souvent que sa grand'mère lui faisait faire sa prière et la faisait elle-même à haute voix, à côté de lui, auprès d'une table où était étendue une carte de géographie, sur laquelle il posait ses mains jointes et inclinait sa tête.

Mais, en ce moment, il était beaucoup moins à la prière qu'il disait ou entendait qu'aux noms, aux lignes et aux divers dessins qu'il voyait sur cette carte. La psychologie pourrait trouver ici un problème: Je pose le problème: A Paris, pensionnaire au collège Sainte-Barbe , n'ayant plus la liberté de se laisser aller un peu capricieusement à ses divers goûts, il se concentra dans le travail des études classiques, et il s'y distingua par de sérieux progrès.

Aussi, lorsqu'en , la mort de son grand-père et les circonstances rendirent la prolongation de son séjour au collège trop onéreuse pour sa famille, le directeur, M. Delanneau, refusa de le laisser partir et le garda comme boursier.

L'élève en témoigna sa reconnaissance par un redoublement de travail. Il en fut lui-même récompensé par un prix de rhétorique au grand concours. L'année suivante, ayant terminé sa classe de philosophie et muni du diplôme de bachelier ès-lettres, il se présenta au concours pour l'admission à l'Ecole normale, où il fut nommé le 25 octobre 4.

Ceux qui ne datent pas d'hier et qui n'oublient pas se rappellent que les ministres de la Restauration , généralement peu amis de l'Université, furent très hostiles à l'Ecole normale, dont ils réprouvaient et redoutaient ce qu'ils nommaient son mauvais esprit libéral. N'osant pourtant pas la supprimer, ils. Mais ce projet qui souriait peu au petit-fils fut abandonné à la mort de l'aïeul, et l'Ecole normale fut préférée par tous. Ils avaient espéré que, sous une appellation nouvelle, ils auraient une nouvelle chose, plus conforme à leurs intentions qui étaient bonnes, je n'en doute pas, et en accord avec leurs idées qui étaient mauvaises, j'en doute encore moins.

Mais quoi qu'ils eussent entrepris et même fait, sous certains rapports, l'Ecole était restée au fond ce qu'elle ne pouvait pas ne pas être suivant les lois de la nature plus fortes que les règlements des hommes.

En effet, des jeunes gens, français du XIXe siècle, élus parmi les meilleurs élèves et appelés à être de meilleurs maîtres, ne peuvent pas ne pas être animés d'un vif désir de connaître, aimant la science pour elle-même, pour la vérité qui les attire, et comprenant qu'ils ne doivent ni la chercher ni espérer de la trouver autrement que par la méthode de libre investigation à laquelle Descartes a eu l'honneur d'attacher son nom de philosophe et qui lui a valu d'être une des gloires impérissables dont notre grand siècle littéraire est illuminé.

Mais quiconque réfléchit voit évidemment que cette méthode cartésienne, tant et si justement recommandée depuis plus de deux siècles, n'est que l'application de l'esprit de liberté au développement légitime de l'intelligence. J'avoue ne pas voir comment l'esprit de liberté pourrait ne pas être l'esprit libéral. Et quand de la région des idées où il cherche à satisfaire la raison, cet esprit passe dans la région des faits où il cherche à satisfaire la justice, je vois encore moins comment on ne le féliciterait pas d'être conséquent avec lui-même.

Aussi l'Ecole normale continua d'avoir son caractère essentiel, malgré tous les efforts pour le changer. Ou s'il est vrai, comme quelques-uns l'ont dit, qu'elle fut contrariée dans ses tendances, particulièrement durant cette année scolaire , — la première que notre confrère y passa —, la Révolution de Juillet lui permit de s'y laisser aller plus librement, peut-être même avec plus d'élan, comme un fleuve qui vient dé renverser sa digue.

Je craindrais de dessiner un portrait où la fantaisie aurait trop de part, si je voulais montrer le développement intellectuel et moral de notre normalien, pendaut ses trois ans d'école.

A cette date d'une vingtaine d'années, tout est généralement indécis, on cherche sa voie, on ne se connaît pas et on ne se fait guère connaîtredes autres. C'est une époque dont on ne se rend quelque compte exact que lorsqu'on en est déjà très éloigné. Ainsi le voyageur ne distingue bien les accidents de la vallée parcourue que lorsqu'il la voit du haut de la colline où il est enfin monté. Cependant il arrive quelquefois qu'une physionomie a certains traits caractéristiques ou expressifs, très remarquables'!

J'en ai recueilli plusieurs, entre lesquels il en est deux qui me semblent curieux, sinon importants à citer. Le directeur de l'Ecole M. Guigniaut remarqua la manière générale et semblable dont l'élève Barry composait, discutait, étudiait. Ses compositions étaient toujours pleines de grandes parenthèses qui faisaient oublier le texte, comme l'écrivain paraissait lui-même l'oublier. Dans les discussions, il s'attachait à des incidents qu'il développait longuement, de manière à exiger qu'on le rappelât à la question, qu'il ne traitait pas.

Aux études et aux travaux que le règlement ordonnait, il préférait souvent ceux qu'il s'imposait lui-même, quoique plus difficiles et plus pénibles. Ce que voyant, le directeur l'appela l'homme des autres choses.

Et le mot méritait de rester 1 ,. Un de ses camarades l'appela un jour grand aristocrate. Et le mot fut répété. On voulait désigner par-là non-seulement ses manières distinguées, sa tenue élégante, son besoin d'être entouré de belles choses, mais encore et surtout son dédain et presque son aversion et son horreur pour tout ce qui est commun, banal, vulgaire, dans quelque genre que ce soit, dans toute espèce d'art et de style, dans le fond et dans la.

Barry lui-même, qui ajoutait que ce directeur l'avait bien deviné et caractérisé. C'est à ceux qui l'ont connu homme fait et presque vieillard de dire comment il conservait encore à ces âges les traits essentiels de sa jeunesse, malgré quelques altérations de détail.

Quand le moment de quitter l'Ecole fut venu, déjà promu au grade de licencié ès-lettres, il voulut prendre celui de docteur. Sa thèse française ne fut pas de celles dont on ne parle guère que le jour où elle est soutenue, et qui est oubliée le lendemain ou peu après par le rare public qui en a entendu la soutenance, par lés examinateurs qui l'ont jugée et quelquefois même par le candidat qui l'a écrite.

Celle-ci, au contraire, parut une oeuvre de maître plutôt qu'un essai d'écolier, et les catalogues de plusieurs libraires savants en ont prolongé le souvenir qui s'y retrouve encore. Essai sur les vicissitudes et les transformations du cycle populaire de Robin Hood 1. Pour réussir dans l'étude de ce recueil de ballades, dont les rédactions paraissent s'être succédé pendant plus de quatre siècles; pour en assigner l'origine, en reconnaître la partie primitive, rétablie dans sa pureté et dégagée de tout ce qui est venu s'y ajouter successivement; pour distinguer ces additions, les classer et les rapporter chacune à leurs diverses causes, il fallait en histoire des connaissances assez étendues, en philosophie morale quelques notions élevées, en critique littéraire de la sagacité et de la finesse.

Les censeurs officiels de la thèse jugèrent qu'elle ne manquait pas de ces qualités; la discussion orale les fit briller encore plus dans l'auteur. Les deux épreuves lui valurent d'être reçu docteur avec de vives félicitations le 23 juillet Quelques semaines après, il subit d'autres épreuves, plus difficiles à certains égards, dans le concours pour l'agrégation aux classes d'histoire et de géographie.

Il en sortit avec le même succès comme il en reçut avis le 25 septembre. Docteur et agrégé à l'âge de 23 ans et demi, ce brillant écolier de la veille fut aussitôt nommé professeur d'histoire au lycée de Lyon, l'un des plus importants de l'Université, sans en excepter ceux de Paris 4. C'eût été beaucoup pour un autre: Il se trouvait trop à l'étroit dans cette chaire d'enseignement secondaire, et il le prouva par un fait digne d'être remarqué.

Ce chapitre fit, en effet, grand honneur au traducteur; mais l'oeuvre en resta là pour cette année 2. A la fin de cette même année, la chaire d'histoire à notre Faculté des lettres devint vacante pour la troisième fois depuis. Nouseille, précédemment professeur d'histoire, et qui fut, plus tard, Recteur à Toulouse. Cette instabilité, quelle qu'en fût la cause, parut, non sans raison, avoir de graves inconvénients 4. On résolut d'y porter remède en nommant un professeur qui pût prendre racine dans ce sol universitaire toulousain et se montrer à la hauteur de la fonction, reconnue difficile, qu'on voudrait lui confier.

Le choix tomba sur Edward Barry. L'événement a prouvé qu'en ce jour le ministre c'était M. Guizot n'eut pas la main trop malheureuse. Le même professeur occupait encore la même chaire quarante ans plus tard. Je le dis tout de suite, parce qu'on paraît trop l'avoir oublié ou même ignoré: Au début, le jeune professeur, qui n'était encore qu'un élève de l'Ecole normale ayant fait une année de stage dans un lycée, ne cessait pas de subir le charme des grandes et solennelles leçons qu'il avait entendues de ses maîtres à Paris, Guizot et Michelet pour l'histoire, Villemain pour la littérature, Cousin pour la philosophie.

D'accord avec ce qu'on nommerait bien le suffrage universel de la France et même d'une partie de l'Europe lettrée à cette, époque, il les admirait comme les plus beaux modèles, presque l'idéal du professeur de Faculté. Il mettait son ambition à se faire reconnaître pour un de leurs élèves; son désir était de marcher sur leurs traces, à quelque long intervalle que ce fût. Son idée dominante à cette époque, je dirais même unique puisque presque toutes ses pensées s'y rapportaient comme des rayons à leur centre, était le projet éminemment national d'une histoire des peuples qui ont successivement habité notre pays, en les.

Car il était à cet heureux moment de la vie où, contrairement à ce qui, suivant le mot du poète , arrive fatalement à la vieillesse, tout invite doucement et même pousse violemment à concevoir les longues espérances. Occupant une chaire d'enseignement à Toulouse, dans le Midi, c'est aussi dans cette partie de notre pays qu'il se proposait spécialement d'étudier et de faire étudier à tous ceux qui voudraient le suivre ce grand drame de l'humanité se développant, de génération en génération, sous l'influence de causes très nombreuses et très diverses, intrinsèques et extrinsèques, d'abord luttant les unes contre les autres, puis se conciliant par des concessions réciproques, enfin s'accordant pour conduire les peuples à un but qu'on ne voit que lorsqu'il est atteint et qui en laisse immédiatement soupçonner, un autre au delà.

C'est le sens de ses paroles , sinon le texte même. Pour exprimer toute sa pensée, il faut ajouter que, sans nier: Il ne se borna pas à l'annoncer de vive voix et directement à ses auditeurs, il voulut le faire savoir à tous, d'une manière plus éclatante, quoique indirecte, par la publication d'un long article, équivalant à un opuscule, que dès cette première année de son cours il fit insérer dans une Revue de Toulouse 4.

En le relisant naguère, plusieurs passages me faisaient une telle illusion qu'avec un simple changement de quelques mots et de forme, je croyais entendre des fragments de leçons. Fauriel, professeur à la Faculté des lettres de Paris, intitulé: Histoire de la Gaule méridionale sous la domination des conquérants germains, par M.

Edward Barry, professeur d'histoire à la Faculté des lettres de Toulouse. Ce fragment, que je ne peux répéter sans plaisir ni sans quelque émotion, met bien en saillie la pensée principale du jeune professeur, et montre entouré d'une vive lumière le but final qu'il assignait à ses leçons.

Il est aussi un indice et un exemple de sa première manière de professer: Alors, suivant la méthode qu'on appelle synthétique, il mettait ensemble des multitudes de détails immensément éparpillés, il les résumait ou condensait en un moindre nombre de faits généraux qu'il rangeait par groupes et dont il cherchait les causes; il lâchait d'élever ces causes à la hauteur des grandes lois égales à des principes générateurs qu'on voit ensuite se dérouler nécessairement ou logiquement en des séries indéfinies de conséquences, d'effets et de cas particuliers ou individuels, dont une autre histoire entreprend de faire des narrations détaillées, suivant l'autre méthode qu'on appelle analytique.

En enseignant ainsi, son discours était toujours correct, souvent élégant et coloré, pittoresque; il prenait quelquefois la forme oratoire avec l'accent; et alors il lui arrivait aussi de trouver des mouvements d'éloquence vraie, de l'éloquence qui ; émeut parce qu'elle est le son d'une âme émue 1. Messieurs, des leçons de ce genre étaient une nouveauté dans la chaire d'histoire à notre Faculté des lettres ; elles piquèrent la curiosité, excitèrent l'intérêt qui augmentait encore par la jeunesse du professeur; elles attirèrent une grande partie des auditeurs qui se pressaient en foule à d'autres cours.

Le succès ne persista pas tel que les commencements paraissaient le prédire et que le professeur l'espérait ; mieux encore tel qu'il le méritait par ses intentions, par ses efforts et par les qualités peu communes qu'il y montrait au jugement des plus vrais connaisseurs et dont vous venez vous-mêmes de pouvoir juger.

Mais certaines conditions importantes semblèrent manquer à la fois à celui qui parlait et à ceux qui l'écoutaient. Lui , le maître encore si jeune, il n'était pas assez fort pour maîtriser vraiment ceux qui devenaient ses disciples, pour les échauffer, les animer et les entraîner dans les grandes voies de la science élevée où il paraissait s'égarer lui-même quelquefois et se perdre momentanément, comme dans un labyrinthe dont on ne retrouve plus ni l'entrée ni la sortie.

N'avait-il pas dit que cette histoire était difficile et délicate, obscure comme la nuit? Et ses auditeurs n'étaient pas généralement assez forts pour le bien comprendre, pour le soutenir du concours sympathique de leur intelligence et pour l'encourager à marcher toujours en avant, en s'encourageant eux-mêmes à le suivre, de quelque loin que ce fût, malgré les difficultés et les obscurités de la route. Car le professeur dans sa chaire, non moins que l'orateur à la tribune, ou que l'acteur sur la scène, a besoin de l'appui moral et de l'approbation manifeste de son public pour déployer toutes ses facultés.

Cette faiblesse d'un auditoire manquant d'études préliminaires bien dirigées et bien suivies le frappa surtout dans les jeunes gens qu'il voyait face à face à ces examens du baccalauréat ès-lettres, où il ne suffit pas de venir ce qu'on appelle préparé pour être véritablement prêt.

Où l'art n'est pas, il ne sert à rien de glisser l'artifice. Beaucoup d'autres déploraient ce défaut de notre instruction publique, où les classes de l'enseignement secondaire ne donnaient pas assez les connaissances indispensables pour suivre utilement les cours de l'enseignement supérieur.

Pour lui, qui sentait peut-être ce mal avec une vivacité plus grande, il ne se borna pas à s'en plaindre, il voulut tenter de le réparer dans le présent et de le prévenir. Afin d'atteindre ce but, dans la quatrième année de son cours à la Faculté, il publia, en un petit format et sous le titre modeste de Programme d'études historiques et géographiques, un véritable Précis ou Manuel d'histoire universelle.

J'oserais dire que cet ouvrage était supérieur à beaucoup d'autres plus renommés; mais cette supériorité même fut un tort, j'entends un obstacle à de plus grands succès. Le livre était aussi trop fort pour les lecteurs auxquels l'auteur le destinait 1.

Pendant les deux années qui suivirent, il resta aussi ce qu'il était au début: Aux termes de la loi universitaire, il ne pouvait pas monter plus haut, vu sa jeunesse.

Mais quand il eut franchi la barrière de la trentième année, on fut unanime pour dire qu'on devait lui faire franchir aussi l'autre barrière qui le séparait de l'honneur du professorat en titre.

Sur la double présentation de la Faculté et du Conseil académique, le ministre c'était M. Villemain lui en donna l'investiture par son arrêté du 5 juin Peu d'années après, un autre changement plus grave s'opéra dans sa situation au sein de la Société.

La jeune épouse d'un nouveau collègue eut l'idée de l'enlever lui aussi au célibat et de lui donner pour compagne une de ses intimes amies, avec qui elle serait heureuse de vivre dans la ville de Toulouse, où elle se trouvait étrangère et bien isolée.

Ce projet ne fut repoussé d'aucun côté. Mais une difficulté surgit de la diffé 1. Mlle Mathilde Teulon était de la Réforme. A plusieurs qualités d'un ordre élevé, elle joignait celle, peu commune de nos jours, d'être une croyante sincère sans affectation, fervente sans exaltation, zélée sans intolérance, pieuse sans bigoterie, et d'autant plus fermement attachée au culte de ses pères.

Elle ne voulait pas seulement y rester fidèle elle-même, personne ne songeait à lui proposer l'abjuration; elle exigeait de plus que tous ses enfants ne fussent pas élevés dans une autre foi que la sienne à Christ, Sauveur du monde. Singulière proposition faite à un fils de catholiques émigrés d'Irlande pour éviter la persécution des protestants par une fille de protestants victimes des catholiques révoquant l'Edit de Nantes!

Plusieurs ne trouvèrent pas moins singulier que notre confrère l'acceptât. Le mariage fut cependant contracté à cette condition. Un des signes du temps! Vers cette même année, il fut élu associé ordinaire de notre Académie. Il lui appartenait déjà de fait par les liens de plusieurs amitiés intimes 2 et par ceux de la confraternité littéraire: Nous savons tous combien il prit au sérieux ce dernier mot et comme il se montra convaincu qu'on appartient à la compagnie qui vous a élu et qu'on ne respecte pas toutes les convenances en négligeant après ce qu'on a désiré avant.

Nul n'était plus assidu que lui à nos séances hebdomadaires ni plus exact à payer le tribut annuel des lectures imposées par nos statuts. Il y joignait fréquemment la contribution volontaire d'autres communications, et celle d'observations qui devenaient quelquefois des dissertations sur les sujets traités par ses confrères. Les unes et les autres se rapportaient généralement et presque exclusivement à notre histoire méridionale.

On pouvait y voir une suite de ses leçons à la Faculté. Hamel, son camarade de l'Ecole normale, qu'il avait retrouvé à Toulouse chargé du cours de littérature grecque à la Faculté, et qu'il retrouvait encore à l'Académie. L'académicien se montra même spécialement épigraphiste.

Personne n'ignore qu'il se fit assez promptement un nom parmi ceux qui cultivent cette science avec le plus de succès. Il avait été précédé dans celte voie par l'un de nos confrères, dont il aimait à louer le zèle et le talent, et à reconnaître les services, trop oubliés peut-être depuis. Mais Alexandre Dumège a eu le sort de beaucoup de ceux qui pénètrent des premiers dans quelque forêt vierge encore ou dans quelque coin non défriché du champ de la science.

Ils sont exposés à s'y égarer et s'y égarent: Edward Barry n'eut jamais la faiblesse de tromper ainsi les autres: En succédant à Dumège, il l'a quelquefois rectifié 2 , souvent complété et toujours continué jusqu'aux limites où personne n'était encore parvenu et que peut-être personne ne dépassera, an moins de sitôt. A la fin d'un court mémoire intitulé. Un Dieu de trop dans la mythologie des Pyrénées, sur l'inscription d'un petit autel votif faisant partie de la collection épigraphique du musée de Toulouse, inscription mal lue par M.

Dumège', et d'autres , il disait: Dumège, plusieurs membres de l'ancienne Académie, avant la Révolution, s'étaient aussi occupés d'épigraphie. Il nous exposa un jour ses Principes d'épigraphie locale, dont il disait avoir constaté la puissance pour préserver de l'erreur 4 et ceux de linguistique, qui l'aidaient à découvrir des vérités d'un certain ordre 2.

Mais comme il ne les a pas laissés par écrit, sans doute, parce qu'il n'en avait pas trouvé des formules satisfaisantes, le souvenir s'en est perdu: Il faisait mieux qu'exposer sa méthode générale: Pour lui, ces inscriptions sur les pierres des autels, des tombeaux , des colonnes et d'autres, sur les médaillés, sur les monnaies, étaient des faits qu'il faut soumettre d'abord à toutes les minuties de l'analyse, qui doit être rigoureuse, si on veut qu'elle serve à monter progressivement de degré en degré plus haut.

Nous savons tous qu'il y a là des lettres à épeler, des syllabes et des mots à former, des phrases à unir, des discours à composer, puis à traduire mot à mot, puis encore, à mettre en bon français, à expliquer, à commenter et à rapprocher des événements contemporains pour en recevoir des éclaircissements, de manière à faire lire couramment une page d'histoire où l'on n'avait vu d'abord que des traits énigmatiques, et même moins encore.

Art difficile et périlleux. Je n'exagérerai pas en disant qu'il y excellait. En face d'autres, où le silence paraît un système 4 , il n'entreprenait pas moins courageusement de.

Des textes très laconiques lui servaient souvent de prétexté pour de longs développements ; des développements trop longs peut-être quelquefois , mais dont l'intérêt faisait pardonner la faute ou cachait l'abus, s'il existait.

Il ne s'y livrait d'ailleurs qu'avec une excellente intention, comme il l'écrivait un jour à l'un des plus renommés épigraphistes d'Italie. J'exagérerais pourtant sa pensée et la mienne, si je disais que, dans les inductions ou conclusions qu'il tirait de ces développements, de ces explications et de ces déchiffrements, il atteignait toujours le vrai; au moins il indiquait le vraisemblable; au lieu du certain, le probable; s'il ne satisfaisait pas la raison qui exige la réalité évidente, il plaisait à l'esprit qui se contente des belles apparences.

Car il était fidèle à son idée première d'écrire ou au moins de préparer celte histoire de l'ancienne Toulouse et de la région voisine sous-pyrénéenne, qui manquait et qui manque encore. On comprend que son enseignement dut s'en ressentir: Il en résulta que, dans ces mêmes années, notre confrère changea sa première manière de professer et qu'il se transforma: Car au moral, pas plus qu'au physique, nulle transformation n'a lieu d'un seul coup, à une date précise.

Les unes et les autres sont soumises à la grande loi de la nature, qui ne fait rien par saut ; mais elles s'opèrent. Sans vouloir rien fixer d'une manière absolue, nous ne croyons pas nous écarter beaucoup de la vérité en disant que cette période intermédiaire dura jusque vers l'année Une autre fatalité voulut que, vers ce même temps, notre confrère fut frappé de deux grands malheurs de famille: Ce n'est pas nous qui pouvons oublier que les professeurs de Faculté ne jouirent pas alors d'une grande faveur.

Le nouveau pouvoir les tint plutôt à l'état de suspects. On les priva du droit d'inamovibilité; on leur enleva la liberté de choisir, chaque année, dans là multitude des questions ressortant de leur chaire, celles qu'il leur convenait de traiter, suivant leur disposition et pour l'utilité de leurs auditeurs; on les enferma dans un cercle tracé d'année en année ; on les obligea de soumettre chaque fois le programme de leur cours à la censure officielle; on leur défendit de s'en écarter.

La main napoléonienne était dure: Mais, par une coïncidence que je me borne à constater, celte époque correspondit à celle où notre confrère adopta définitivement sa dernière manière de professer, manière de liberté absolue, illimitée, je dirais presque anarchique, et la suivit jusqu'à la fin avec la grande fidélité qu'on lui demandait pour une autre.

Je crois bien qu'il ne manqua jamais d'envoyer au. Je ne sais quel coin de l'immense champ de l'histoire il n'a pas dès lors visité, parcouru, remué dans tous les sens, successivement et alternativement, à plusieurs reprises , s'arrètant longuement, revenant sur ses pas, ou, d'un bond, franchissant de grands espaces et s'élançant bien loin du point de départ ; passant de l'étude des peuples à celle de leurs chefs et à celle des moindres personnages; demandant leurs secrets et les mystères de leurs influences aux temps pour la chronologie, aux lieux pour la géographie; et montrant comment elles sont les deux yeux de l'histoire, suivant le mot de Bacon; faisant voir comme sur un théâtre perpétuellement mobile se déroulant tous les drames politiques et sociaux, religieux et moraux , scientifiques, littéraires, artistiques, industriels et commerciaux et les autres, autant qu'il en est et qu'il en peut être.

Car il disait aussi: Je suis historien de l'humanité et rien de ce qui appartient au développement humain ne doit m'être réputé étranger: Humani nihil a me alienum puto. Je ne pourrais pas l'y suivre, si je le voulais; et si je le pouvais, je ne le voudrais pas: Mais ce cours était bien irrégulier.

Il ne s'agissait plus, comme au début,, de grandes leçons à l'exemple des anciens maîtres admirés; ni de méthode synthétique ou de procédés par de larges et vastes vues d'ensemble; ni de compositions aux diverses parties formant un tout; ni de discours médités, étudiés, préparés pour arriver à une conclusion satisfaisante pour l'esprit; ni de rien de semblable.

Cathy est attachée par les poignets, les pieds touchant à peine le sol, éclairée violemment. En se retirant, il laisse une nouvelle strie La balade au lac a leur donné faim. Jean décroche le téléphone et demande à la réception: Pourriez-vous donc nous faire monter deux assiètes avec des crudités et de la charcuterie, et une bouteille de champagne? Cet après-midi, le soleil brille à nouveau et Jean propose à Cathy — Que dirais-tu de faire une promenade en vélo?

Pourquoi pas mais as-tu prévu une tenue adaptée pour moi? En entrant dans la chambre, Cathy voit la cravache délicatement posée sur le lit refait. Jean se prépare en premier.

Cathy sort à son tour de la salle de bain, nue: Après une bonne douche, Cathy enfile une courte jupe et un petit top sexy au dos nu. Jean téléphone à Cécile: Quelques jours de congé nous ferons le plus grand bien. Que dirais-tu de partir passer 3 jours au soleil? Bonne idée mon amour. Je propose de pigmenter un peu ce petit voyage. Nous partirons dans une demi-heure.

La salle a mangé est baignée dans une douce lumière et la flamme de quelques bougies se reflète dans les verres sur la table. Tu en tires un et le lis: Je viens juste de sortir de mon bain parfumé et je suis toujours nue, en train de me coiffer et de me maquiller. Il ne résiste pas à la tentation de venir embrasser mes seins pas très gros mais fermes, de caresser mon dos et de descendre vers mon sexe Pensez à rentrer vos soumis!

Voici donc un petit récapitulatif illustré des conseils à suivre. Je suis brune, plutôt mignonne et assez exhibitionniste. Articles publiés dans cette rubrique page précédente 1 2 page suivante.




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  • Elève dupycée Louis-le-Grand, il obtint, à la fin de ses études, un prix de physique au concours gênérai et entra bientôt après à l'Ecole polytechnique.
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  • Alors s'éleva entre les deux géologues, l'Alpin et le Pyrénéen, une discussion que j'aurais voulu pouvoir recueillir et qui constituerait une comparaison des plus savantes et des plus pittoresques entre les deux chaînes rivales.
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Comme il arrive assez souvent chez les savants adonnés à des études positives, il cherchait une distraction et un délassement soit dans l'audition, soit dans l'exécution de la musique la plus savante.

Les musiciens les plus expérimentés rendaient hommage à la sûreté et à la sévérité de son jugement et de son sens musical. Sous ce rapport, notre confrère revit dans un des membres de sa famille qui occupe un rang élevé parmi les musiciens de notre ville sur un instrument où il est. Enfin, Messieurs, cette esquisse, tracée toute de souvenirs, serait imparfaite si je ne vous faisais remarquer qu'avec les dispositions d'esprit que nous lui connaissions, et après avoir assisté à l'avènement de dix gouvernements, sans compter les provisoires, notre confrère devait être nécessairement un peu sceptique sur les questions qui passionnent les générations actuelles.

Exclusivement géologue, ici encore, il n'admettait le progrès par révolutions successives et l'apparition de couches nouvelles que dans le domaine de la géologie. J'aborde maintenant, Messieurs, la partie la plus délicate de mon sujet, l'appréciation des travaux de notre confrère. L'oeuvre de Leymerie est considérable et son étude serait longue et difficile s'il n'avait pris soin, en , d'en publier lui-même le catalogue avec des résumés et des notes analytiques qui en font bien ressortir l'esprit et l'importance relative.

Ce catalogue comprend ouvrages, mémoires ou notes, dont le nombre s'est accru depuis et s'accroîtra encore par la publication d'importants mémoires que des mains pieuses ont recueillis depuis sa mort et qui sont en voie d'impression. Avant son arrivée à Toulouse, Leymerie avait déjà publié des travaux dont quelques-uns avaient paru assez importants à l'Académie des sciences de Paris pour être insérés dans les mémoires des savants étrangers. Il s'était déjà placé au premier rang des géologues par ses recherches sur le terrain crétacé de l'Aube et le jurassique des environs de Lyon.

Depuis sa nomination à notre Faculté des sciences, Leymerie a publié des ouvrages didactiques et des travaux sur les Pyrénées et le midi de la France. Les premiers contiennent, premièrement, des éléments de minéralogie et de géologie qui ont eu les honneurs de plusieurs éditions.

J'ai déjà vanté en son temps et très sincèrement ce petit ouvrage qui se distingue par la clarté et la méthode, et où l'auteur a profité, avec un esprit vraiment éclectique, des progrès rapides faits depuis le commencement du siècle par la géologie.

Il contient une table paléontologique des principaux fossiles, et la première édition renfermait une paléontologie en. En second lieu, un cours de minéralogie histoire naturelle en deux volumes.

Leymerie, dans cet ouvrage, a voulu restituer la minéralogie à l'histoire naturelle et la soustraire aux empiétements des chimistes. Cette tentative n'a pas paru également heureuse à tous les minéralogistes et l'on est obligé de reconnaître qu'il est difficile de séparer, comme le voudrait Leymerie, le minéral de la substance et que vouloir se priver; des propriétés chimiques et optiques des minéraux ou les traiter de secondaires, c'est méconnaître, je crois, un des progrès les plus remarquables de la science moderne.

Néanmoins, cet ouvrage se recommande par sa partie cristallogràphique, ses chapitres sur l'hémiédrie, et les formes alternes et par la simplicité de sa classification des minéraux. Notre confrère attachait à ce livre une grande importance. Par une méprise assez commune chez les savants, Leymerie s'est toujours cru plus minéralogiste que géologue, malgré son peu de succès comme réformateur dans une voie que je considère comme rétrograde.

Voyons maintenant Leymerie aux prises avec les Pyrénées, qu'il étudia à peu près seul jusqu'en , c'est-à-dire pendant vingt-cinq ans. En , la géologie pyrénéenne était à peine ébauchée. Les travaux de Charpentier, Palassou, Ramond, plutôt minéralogiques et lithologiques que géologiques, n'avaient aucune vue d'ensemble, et ce n'est qu'en et que Dufrénoy jette les premiers linéaments de l'édifice. Ce travail, exécuté dans une région disloquée, tourmentée et peu fossilifère, renfermait beaucoup d'imperfections qu'il était donné à Leymerie de réformer.

En , notre confrère déclarait ses études à peu près terminées et annonçait la publication de la carte géologique des Pyrénées de la Haute-Garonne. Voici quels étaient à cette époque les principaux résultats qu'il avait obtenus:.

Le terrain de transition était divisé en silurien et devonien , ses limites et ses fossiles bien décrits. Le crétacé supérieur et l'éocène sont bien observés au point de vue stratigraphique et fossilifère ; leurs étages sont rapportés à ceux des mêmes terrains du reste de la France et de l'Europe; de plus, Leymerie décrit au-dessus de la craie de Maëstrich un nouvel étage immédiatement inférieur à l'éocène, étage auquel il donne le nom d'épicrétacé et qu'il reconnaît ensuite, en divers points du midi de la France, avec un aspect lacustre rutilant en certains points.

Ce terrain nouveau, admis de la plupart des géologues et correspondant au terrain du Danemark Danien, a pris définitivement le nom de Garumnien.

Les résultats qui suivent sont plus contestés. Il nie l'existence du crétacé inférieur et même d'une partie du moyen. Il range dans le Lias une assise importante de grès rouge et de poudingue que l'on peut voir aux environs d'Amélie-les-Bains.

Il nie également l'existence du terrain carbonifère. Il attribue, en revanche, au jurassique une importance considérable: Il place dans le Lias le calcaire à Dicérates de Dufrénoy. Au point de vue géogénique, partisan absolu du plutonisme, il fait jouer à l'ophite un rôle éminemment actif comme souleveur de montagnes et attribue la consistance marmoréenne du calcaire de Saint-Béat à la cuisson effectuée par cette roche éruptive.

Il n'admet pour cet ophite que la forme de typhon. La période glaciaire pyrénéenne trouve tout d'abord en lui un adversaire absolu, malgré les moraines bien caractérisées observées déjà, en , par Boubée aux environs de Luchon, malgré les travaux de MM. Martins et Colomb dans la vallée , de Lourdes. Aussi, pour expliquer la présence dans la vallée d'Oueil de blocs erratiques de granit porphyroïde provenant des crêtes d'Oo, il est obligé de faire des hypothèses bien hardies pour un esprit aussi positif.

Ces blocs ayant dû franchir, pour atteindre leur station actuelle, des crêtes hautes de mille mètres, il suppose d'abord que ces blocs ont été lancés pardessus ces crêtes dans les convulsions produites par le soulèvement des Pyrénées; plus tard, en , il suppose que les vallées des Pyrénées étaient comblées par des matériaux de transport aujourd'hui disparus et sur lesquels les blocs auraient cheminé. Par une singulière coïncidence, au moment où Leymerie déclare ses études sur les Pyrénées à peu près terminées, quelques géologues se décident à aborder à leur tour ce difficile problème, frappés surtout qu'ils sont de voir les Pyrénées dépourvues, d'après Leymerie, d'assises aussi importantes, telles que le Laurentien, le cumbrien, le carbonifère, presque tous le lias et le crétacé inférieur.

Hébert rétablit le crétacé inférieur; M. Coquand rapporte au carbonifère le calcaire de Saint-Béat; enfin, Henry Magnan, dans son travail sur les petites Pyrénées de l'Ariège, attaque fermement les conclusions de Leymerie. Il restitue au crétacé inférieur la plus grande partie du jurassique de Leymerie, rapporte le grès rouge pyrénéen au devonîen, avec lequel il est en concordance, démontre que l'ophite est une roche essentiellement passive et avance que les Pyrénées ne sont pas dues à des soulèvements, mais à d'immenses failles linéaires dont une lèvre est restée en saillie sur l'autre.

Les travaux de Magnan ont excité un grand enthousiasme parmi les jeunes étudiants de notre ville qui ont rapidement reconnu en lui un maître. Malheureusement, une mort terrible. En présence de ces affirmations multipliées, Leymerie se remet à l'oeuvre et, avec une franchise qui honore l'homme autant que le savant, il rectifie quelques-unes de ses conclusions premières: On peut regretter cependant que notre collègue n'ait pas, en cette circonstance, rendu plus justice aux travaux de Magnan.

En , un an avant sa mort, il persiste à ranger le grès rouge dans le Lias. Pour le calcaire de Saint-Béat, renonçant à le considérer comme jurassique métamorphique, il en fait peut-être du carbonifère, peut-être du Laurentien. Il admet plusieurs âges pour l'ophite, et enfin, pour le glaciaire, il avoue que nos vallées pyrénéennes montrent d'assez nombreux indices de l'extension des glaciers. Vous le voyez, Messieurs, Leymerie a fait beaucoup pour les Pyrénées, mais son oeuvre n'est pas et ne pouvait pas être complété.

Il reste encore des Pyrénées à étudier,. Le texte, presque tout entier imprimé, sauf ce qui regarde la plaine, a paru à l'Exposition universelle, et Leymerie a pu toucher, comme Copernic, son livre de sa main défaillante. Une très belle carte et de belles planches de fossiles complètent ce monument géologique. Notre confrère laisse, de plus, une statistique minéralogique et géologique du département de l'Aube, et une statistique et carte géologique du département de l'Yonne, en collaboration avec M.

Raulin, Cet ouvrage a donné lieu, a un. Au moment de la publication de ce travail, aucun des deux géologues ne veut voir son nom imprimé sous celui de l'autre; de là procès devant le tribunal de notre ville qui', par un jugement digne de Salomon, décida que les deux noms seraient sur une même ligne et que la priorité serait décidée par l'ordre alphabétique qui se trouva favorable à Leymerie.

Au moment de sa mort, Leymerie travailiait à la carte géologique de l'Aude, sur laquelle il a déjà publié quelques mémoires. Ces études seront probablement continuées par M. Notre collègue laisse de plus une collection minéralogique et géologique de la plus haute importance pour la région pyrénéenne, La ville de Toulouse s'empressera, nous l'espérons, d'enrichir notre musée de cette collection, qui sera comme la représentation géologique de nos belles montagnes, et que tous les géologues auront à coeur de consulter, ainsi que les jeunes étudiants, car de toutes sciences exactes la géologie est évidemment celle qui doit s'étudier le plus par les yeux du corps au service de l'esprit.

Telle est, Messieurs, l'existence modeste de notre regretté collègue. Leymerie s'est éteint après une longue carrière, laissant derrière lui une oeuvre considérable, entouré de la respectueuse affection d'une famille dont le sort le laissait sans inquiétude. Dans ces circonstances et avec la foi vive et sincère dont il était animé, la mort perd son caractère sinistre et brutal; c'est le flambeau épuisé qui s'éteint de lui-même et dont, la dernière flamme s'élève vers le ciel; c'est le soir d'un beau jour.

Après un discours qui a renouvelé nos regrets en reportant nos souvenirs vers une tombe à peine fermée, il est triste, pour celui qui est appelé à parler et pour ceux qui l'écoutent, de venir renouveler d'autres regrets plus poignants, parce que nous voyons encore ouverte la tombe où nous versons nos pleurs avec nos éloges.

Ainsi, dans cette dernière année, la mort a été cruelle envers notre Académie qu'elle a frappée successivement dans ses deux classes des sciences et des belles-lettres, prenant dans chacune entre les plus nobles victimes, et à chaque fois jetant le deuil, non-seulement dans notre Compagnie, mais encore dans plusieurs autres, nos soeurs et nos alliées, et dans l'Université, que le plus âgé ne cessait de servir avec un zèle qui ne vieillissait pas, et que l'autre, plus jeune, continuait d'honorer dans sa retraite, pleine d'activité.

Après Leymerie, dont vous venez d'entendre l'éloge, Barry, que je voudrais louer comme il le mérite. Il appartenait, dans la ligne paternelle, à une famille d'origine irlandaise, dont les ancêtres paraissent avoir embrassé la cause politique et religieuse des Stuarl, à la révolution de Quelques-uns d'eux purent assister, deux ans après, à la grande bataille de la Boyne, qui fut le Waterloo de Jacques IL Vaincus, ils ne voulurent ni s'associer à une prolongation de résistance inutile, ni se résigner à subir le gouvernement du vainqueur ; ils émigrèrent en France, comme leur roi, à qui Louis XIV offrit une magnifique hospitalité dans le château de Saint-Germain.

Pour eux, ils allèrent loin de là, vers le Midi, où leurs descendants étaient établis à Vienne, en Dauphiné, dans les années qui précédèrent notre révolution de Son père y était né, en Il s'était engagé tout jeune, volontaire dans l'armée royale, qui fut bientôt celle de la République. Il avait suivi sa carrière de brave soldat, montant successivement et assez rapidement les degrés de la hiérarchie militaire. En , étant capitaine de dragons, il fut envoyé avec son régiment en garnison à Avesnes, où il connut et épousa Mlle Prisse, fille d'un garde général de vastes forêts qui s'étendent dans cette région.

Ce mariage fut spécialement béni de Dieu, puisqu'il est admis qu'une nombreuse famille est le signe certain de cette bénédiction; treize enfants en naquirent 1. Edward, le troisième dans. Elienne-Emile-Henri Barry, général de division, né en ; CharlesEmile Barry, professeur d'histoire au lycée de Toulouse, né en ; EdouardElienne-Gustave Barry, professeur de dessin au même lycée, né en Deux filles survivent aussi: Mesdames Aglaé Barry, née en , veuve de M. Florimond Malet, receveur des douanes, et Belzy Barry, née vers , épouse de M.

Florimond Buquet, fllaleur à Turcoing. Il ne les quitta que lorsqu'ayant fait, au collège de cette petite ville d'Avesnes, toutes les classes qu'il pouvait y faire utilement, il fut envoyé à Paris pour y terminer et perfectionner ses études. On m'a raconté que, dès ses années d'enfance et de première adolescence au sein de sa famille, il montra des goûts très vifs qu'on remarquait alors, mais qu'on rappela davantage plus tard, quand on crut y voir des signes prophétiques de l'avenir.

Il aimait beaucoup la lecture et dévorait vraiment tous les livres qui lui tombaient sous la main, livres de toutes sortes ou traitant de toutes matières pour lesquelles son esprit semblait toujours avoir une porte ouverte et son cerveau une case prête. Mais il aimait surtout les beaux livres, imprimés en beaux caractères, avec de belles gravures et bien reliés.

Il en prenait un soin minutieux et presque religieux, disposition rare chez les enfants; il se plaisait à s'en faire une bibliothèque à lui. A cette collection de livres il enjoignait, avec non moins d'amour, plusieurs autres; de cartes de géographie, de médailles, d'objets divers; collections de minéraux, d'insectes, de papillons, et aussi de morceaux de musique; car il l'aimait, et il jouait même du violon de manière à faire dire que, s'il continuait, il deviendrait au moins un amateur d'assez jolie force, sinon un artiste distingué.

Il m'a raconté lui-même que, dans ces premières années passées à Avesnes, il arrivait souvent que sa grand'mère lui faisait faire sa prière et la faisait elle-même à haute voix, à côté de lui, auprès d'une table où était étendue une carte de géographie, sur laquelle il posait ses mains jointes et inclinait sa tête. Mais, en ce moment, il était beaucoup moins à la prière qu'il disait ou entendait qu'aux noms, aux lignes et aux divers dessins qu'il voyait sur cette carte.

La psychologie pourrait trouver ici un problème: Je pose le problème: A Paris, pensionnaire au collège Sainte-Barbe , n'ayant plus la liberté de se laisser aller un peu capricieusement à ses divers goûts, il se concentra dans le travail des études classiques, et il s'y distingua par de sérieux progrès.

Aussi, lorsqu'en , la mort de son grand-père et les circonstances rendirent la prolongation de son séjour au collège trop onéreuse pour sa famille, le directeur, M. Delanneau, refusa de le laisser partir et le garda comme boursier.

L'élève en témoigna sa reconnaissance par un redoublement de travail. Il en fut lui-même récompensé par un prix de rhétorique au grand concours. L'année suivante, ayant terminé sa classe de philosophie et muni du diplôme de bachelier ès-lettres, il se présenta au concours pour l'admission à l'Ecole normale, où il fut nommé le 25 octobre 4. Ceux qui ne datent pas d'hier et qui n'oublient pas se rappellent que les ministres de la Restauration , généralement peu amis de l'Université, furent très hostiles à l'Ecole normale, dont ils réprouvaient et redoutaient ce qu'ils nommaient son mauvais esprit libéral.

N'osant pourtant pas la supprimer, ils. Mais ce projet qui souriait peu au petit-fils fut abandonné à la mort de l'aïeul, et l'Ecole normale fut préférée par tous. Ils avaient espéré que, sous une appellation nouvelle, ils auraient une nouvelle chose, plus conforme à leurs intentions qui étaient bonnes, je n'en doute pas, et en accord avec leurs idées qui étaient mauvaises, j'en doute encore moins.

Mais quoi qu'ils eussent entrepris et même fait, sous certains rapports, l'Ecole était restée au fond ce qu'elle ne pouvait pas ne pas être suivant les lois de la nature plus fortes que les règlements des hommes. En effet, des jeunes gens, français du XIXe siècle, élus parmi les meilleurs élèves et appelés à être de meilleurs maîtres, ne peuvent pas ne pas être animés d'un vif désir de connaître, aimant la science pour elle-même, pour la vérité qui les attire, et comprenant qu'ils ne doivent ni la chercher ni espérer de la trouver autrement que par la méthode de libre investigation à laquelle Descartes a eu l'honneur d'attacher son nom de philosophe et qui lui a valu d'être une des gloires impérissables dont notre grand siècle littéraire est illuminé.

Mais quiconque réfléchit voit évidemment que cette méthode cartésienne, tant et si justement recommandée depuis plus de deux siècles, n'est que l'application de l'esprit de liberté au développement légitime de l'intelligence.

J'avoue ne pas voir comment l'esprit de liberté pourrait ne pas être l'esprit libéral. Et quand de la région des idées où il cherche à satisfaire la raison, cet esprit passe dans la région des faits où il cherche à satisfaire la justice, je vois encore moins comment on ne le féliciterait pas d'être conséquent avec lui-même. Aussi l'Ecole normale continua d'avoir son caractère essentiel, malgré tous les efforts pour le changer.

Ou s'il est vrai, comme quelques-uns l'ont dit, qu'elle fut contrariée dans ses tendances, particulièrement durant cette année scolaire , — la première que notre confrère y passa —, la Révolution de Juillet lui permit de s'y laisser aller plus librement, peut-être même avec plus d'élan, comme un fleuve qui vient dé renverser sa digue.

Je craindrais de dessiner un portrait où la fantaisie aurait trop de part, si je voulais montrer le développement intellectuel et moral de notre normalien, pendaut ses trois ans d'école. A cette date d'une vingtaine d'années, tout est généralement indécis, on cherche sa voie, on ne se connaît pas et on ne se fait guère connaîtredes autres. C'est une époque dont on ne se rend quelque compte exact que lorsqu'on en est déjà très éloigné.

Ainsi le voyageur ne distingue bien les accidents de la vallée parcourue que lorsqu'il la voit du haut de la colline où il est enfin monté. Cependant il arrive quelquefois qu'une physionomie a certains traits caractéristiques ou expressifs, très remarquables'! J'en ai recueilli plusieurs, entre lesquels il en est deux qui me semblent curieux, sinon importants à citer. Le directeur de l'Ecole M. Guigniaut remarqua la manière générale et semblable dont l'élève Barry composait, discutait, étudiait.

Ses compositions étaient toujours pleines de grandes parenthèses qui faisaient oublier le texte, comme l'écrivain paraissait lui-même l'oublier. Dans les discussions, il s'attachait à des incidents qu'il développait longuement, de manière à exiger qu'on le rappelât à la question, qu'il ne traitait pas. Aux études et aux travaux que le règlement ordonnait, il préférait souvent ceux qu'il s'imposait lui-même, quoique plus difficiles et plus pénibles.

Ce que voyant, le directeur l'appela l'homme des autres choses. Et le mot méritait de rester 1 ,. Un de ses camarades l'appela un jour grand aristocrate. Et le mot fut répété.

On voulait désigner par-là non-seulement ses manières distinguées, sa tenue élégante, son besoin d'être entouré de belles choses, mais encore et surtout son dédain et presque son aversion et son horreur pour tout ce qui est commun, banal, vulgaire, dans quelque genre que ce soit, dans toute espèce d'art et de style, dans le fond et dans la.

Barry lui-même, qui ajoutait que ce directeur l'avait bien deviné et caractérisé. C'est à ceux qui l'ont connu homme fait et presque vieillard de dire comment il conservait encore à ces âges les traits essentiels de sa jeunesse, malgré quelques altérations de détail.

Quand le moment de quitter l'Ecole fut venu, déjà promu au grade de licencié ès-lettres, il voulut prendre celui de docteur. Sa thèse française ne fut pas de celles dont on ne parle guère que le jour où elle est soutenue, et qui est oubliée le lendemain ou peu après par le rare public qui en a entendu la soutenance, par lés examinateurs qui l'ont jugée et quelquefois même par le candidat qui l'a écrite. Celle-ci, au contraire, parut une oeuvre de maître plutôt qu'un essai d'écolier, et les catalogues de plusieurs libraires savants en ont prolongé le souvenir qui s'y retrouve encore.

Essai sur les vicissitudes et les transformations du cycle populaire de Robin Hood 1. Pour réussir dans l'étude de ce recueil de ballades, dont les rédactions paraissent s'être succédé pendant plus de quatre siècles; pour en assigner l'origine, en reconnaître la partie primitive, rétablie dans sa pureté et dégagée de tout ce qui est venu s'y ajouter successivement; pour distinguer ces additions, les classer et les rapporter chacune à leurs diverses causes, il fallait en histoire des connaissances assez étendues, en philosophie morale quelques notions élevées, en critique littéraire de la sagacité et de la finesse.

Les censeurs officiels de la thèse jugèrent qu'elle ne manquait pas de ces qualités; la discussion orale les fit briller encore plus dans l'auteur. Les deux épreuves lui valurent d'être reçu docteur avec de vives félicitations le 23 juillet Quelques semaines après, il subit d'autres épreuves, plus difficiles à certains égards, dans le concours pour l'agrégation aux classes d'histoire et de géographie.

Il en sortit avec le même succès comme il en reçut avis le 25 septembre. Docteur et agrégé à l'âge de 23 ans et demi, ce brillant écolier de la veille fut aussitôt nommé professeur d'histoire au lycée de Lyon, l'un des plus importants de l'Université, sans en excepter ceux de Paris 4. C'eût été beaucoup pour un autre: Il se trouvait trop à l'étroit dans cette chaire d'enseignement secondaire, et il le prouva par un fait digne d'être remarqué. Ce chapitre fit, en effet, grand honneur au traducteur; mais l'oeuvre en resta là pour cette année 2.

A la fin de cette même année, la chaire d'histoire à notre Faculté des lettres devint vacante pour la troisième fois depuis. Nouseille, précédemment professeur d'histoire, et qui fut, plus tard, Recteur à Toulouse. Cette instabilité, quelle qu'en fût la cause, parut, non sans raison, avoir de graves inconvénients 4. On résolut d'y porter remède en nommant un professeur qui pût prendre racine dans ce sol universitaire toulousain et se montrer à la hauteur de la fonction, reconnue difficile, qu'on voudrait lui confier.

Le choix tomba sur Edward Barry. L'événement a prouvé qu'en ce jour le ministre c'était M. Guizot n'eut pas la main trop malheureuse. Le même professeur occupait encore la même chaire quarante ans plus tard. Je le dis tout de suite, parce qu'on paraît trop l'avoir oublié ou même ignoré: Au début, le jeune professeur, qui n'était encore qu'un élève de l'Ecole normale ayant fait une année de stage dans un lycée, ne cessait pas de subir le charme des grandes et solennelles leçons qu'il avait entendues de ses maîtres à Paris, Guizot et Michelet pour l'histoire, Villemain pour la littérature, Cousin pour la philosophie.

D'accord avec ce qu'on nommerait bien le suffrage universel de la France et même d'une partie de l'Europe lettrée à cette, époque, il les admirait comme les plus beaux modèles, presque l'idéal du professeur de Faculté. Il mettait son ambition à se faire reconnaître pour un de leurs élèves; son désir était de marcher sur leurs traces, à quelque long intervalle que ce fût.

Son idée dominante à cette époque, je dirais même unique puisque presque toutes ses pensées s'y rapportaient comme des rayons à leur centre, était le projet éminemment national d'une histoire des peuples qui ont successivement habité notre pays, en les. Car il était à cet heureux moment de la vie où, contrairement à ce qui, suivant le mot du poète , arrive fatalement à la vieillesse, tout invite doucement et même pousse violemment à concevoir les longues espérances. Occupant une chaire d'enseignement à Toulouse, dans le Midi, c'est aussi dans cette partie de notre pays qu'il se proposait spécialement d'étudier et de faire étudier à tous ceux qui voudraient le suivre ce grand drame de l'humanité se développant, de génération en génération, sous l'influence de causes très nombreuses et très diverses, intrinsèques et extrinsèques, d'abord luttant les unes contre les autres, puis se conciliant par des concessions réciproques, enfin s'accordant pour conduire les peuples à un but qu'on ne voit que lorsqu'il est atteint et qui en laisse immédiatement soupçonner, un autre au delà.

C'est le sens de ses paroles , sinon le texte même. Pour exprimer toute sa pensée, il faut ajouter que, sans nier: Il ne se borna pas à l'annoncer de vive voix et directement à ses auditeurs, il voulut le faire savoir à tous, d'une manière plus éclatante, quoique indirecte, par la publication d'un long article, équivalant à un opuscule, que dès cette première année de son cours il fit insérer dans une Revue de Toulouse 4.

En le relisant naguère, plusieurs passages me faisaient une telle illusion qu'avec un simple changement de quelques mots et de forme, je croyais entendre des fragments de leçons.

Fauriel, professeur à la Faculté des lettres de Paris, intitulé: Histoire de la Gaule méridionale sous la domination des conquérants germains, par M. Edward Barry, professeur d'histoire à la Faculté des lettres de Toulouse. Ce fragment, que je ne peux répéter sans plaisir ni sans quelque émotion, met bien en saillie la pensée principale du jeune professeur, et montre entouré d'une vive lumière le but final qu'il assignait à ses leçons.

Il est aussi un indice et un exemple de sa première manière de professer: Alors, suivant la méthode qu'on appelle synthétique, il mettait ensemble des multitudes de détails immensément éparpillés, il les résumait ou condensait en un moindre nombre de faits généraux qu'il rangeait par groupes et dont il cherchait les causes; il lâchait d'élever ces causes à la hauteur des grandes lois égales à des principes générateurs qu'on voit ensuite se dérouler nécessairement ou logiquement en des séries indéfinies de conséquences, d'effets et de cas particuliers ou individuels, dont une autre histoire entreprend de faire des narrations détaillées, suivant l'autre méthode qu'on appelle analytique.

En enseignant ainsi, son discours était toujours correct, souvent élégant et coloré, pittoresque; il prenait quelquefois la forme oratoire avec l'accent; et alors il lui arrivait aussi de trouver des mouvements d'éloquence vraie, de l'éloquence qui ; émeut parce qu'elle est le son d'une âme émue 1.

Messieurs, des leçons de ce genre étaient une nouveauté dans la chaire d'histoire à notre Faculté des lettres ; elles piquèrent la curiosité, excitèrent l'intérêt qui augmentait encore par la jeunesse du professeur; elles attirèrent une grande partie des auditeurs qui se pressaient en foule à d'autres cours. Le succès ne persista pas tel que les commencements paraissaient le prédire et que le professeur l'espérait ; mieux encore tel qu'il le méritait par ses intentions, par ses efforts et par les qualités peu communes qu'il y montrait au jugement des plus vrais connaisseurs et dont vous venez vous-mêmes de pouvoir juger.

Mais certaines conditions importantes semblèrent manquer à la fois à celui qui parlait et à ceux qui l'écoutaient. Lui , le maître encore si jeune, il n'était pas assez fort pour maîtriser vraiment ceux qui devenaient ses disciples, pour les échauffer, les animer et les entraîner dans les grandes voies de la science élevée où il paraissait s'égarer lui-même quelquefois et se perdre momentanément, comme dans un labyrinthe dont on ne retrouve plus ni l'entrée ni la sortie.

N'avait-il pas dit que cette histoire était difficile et délicate, obscure comme la nuit? Et ses auditeurs n'étaient pas généralement assez forts pour le bien comprendre, pour le soutenir du concours sympathique de leur intelligence et pour l'encourager à marcher toujours en avant, en s'encourageant eux-mêmes à le suivre, de quelque loin que ce fût, malgré les difficultés et les obscurités de la route.

Car le professeur dans sa chaire, non moins que l'orateur à la tribune, ou que l'acteur sur la scène, a besoin de l'appui moral et de l'approbation manifeste de son public pour déployer toutes ses facultés.

Cette faiblesse d'un auditoire manquant d'études préliminaires bien dirigées et bien suivies le frappa surtout dans les jeunes gens qu'il voyait face à face à ces examens du baccalauréat ès-lettres, où il ne suffit pas de venir ce qu'on appelle préparé pour être véritablement prêt.

Où l'art n'est pas, il ne sert à rien de glisser l'artifice. Beaucoup d'autres déploraient ce défaut de notre instruction publique, où les classes de l'enseignement secondaire ne donnaient pas assez les connaissances indispensables pour suivre utilement les cours de l'enseignement supérieur.

Pour lui, qui sentait peut-être ce mal avec une vivacité plus grande, il ne se borna pas à s'en plaindre, il voulut tenter de le réparer dans le présent et de le prévenir.

Afin d'atteindre ce but, dans la quatrième année de son cours à la Faculté, il publia, en un petit format et sous le titre modeste de Programme d'études historiques et géographiques, un véritable Précis ou Manuel d'histoire universelle. J'oserais dire que cet ouvrage était supérieur à beaucoup d'autres plus renommés; mais cette supériorité même fut un tort, j'entends un obstacle à de plus grands succès. Le livre était aussi trop fort pour les lecteurs auxquels l'auteur le destinait 1.

Pendant les deux années qui suivirent, il resta aussi ce qu'il était au début: Aux termes de la loi universitaire, il ne pouvait pas monter plus haut, vu sa jeunesse. Mais quand il eut franchi la barrière de la trentième année, on fut unanime pour dire qu'on devait lui faire franchir aussi l'autre barrière qui le séparait de l'honneur du professorat en titre. Sur la double présentation de la Faculté et du Conseil académique, le ministre c'était M.

Villemain lui en donna l'investiture par son arrêté du 5 juin Peu d'années après, un autre changement plus grave s'opéra dans sa situation au sein de la Société. La jeune épouse d'un nouveau collègue eut l'idée de l'enlever lui aussi au célibat et de lui donner pour compagne une de ses intimes amies, avec qui elle serait heureuse de vivre dans la ville de Toulouse, où elle se trouvait étrangère et bien isolée.

Ce projet ne fut repoussé d'aucun côté. Mais une difficulté surgit de la diffé 1. Mlle Mathilde Teulon était de la Réforme. A plusieurs qualités d'un ordre élevé, elle joignait celle, peu commune de nos jours, d'être une croyante sincère sans affectation, fervente sans exaltation, zélée sans intolérance, pieuse sans bigoterie, et d'autant plus fermement attachée au culte de ses pères.

Elle ne voulait pas seulement y rester fidèle elle-même, personne ne songeait à lui proposer l'abjuration; elle exigeait de plus que tous ses enfants ne fussent pas élevés dans une autre foi que la sienne à Christ, Sauveur du monde.

Singulière proposition faite à un fils de catholiques émigrés d'Irlande pour éviter la persécution des protestants par une fille de protestants victimes des catholiques révoquant l'Edit de Nantes!

Plusieurs ne trouvèrent pas moins singulier que notre confrère l'acceptât. Le mariage fut cependant contracté à cette condition. Un des signes du temps! Vers cette même année, il fut élu associé ordinaire de notre Académie. Il lui appartenait déjà de fait par les liens de plusieurs amitiés intimes 2 et par ceux de la confraternité littéraire: Nous savons tous combien il prit au sérieux ce dernier mot et comme il se montra convaincu qu'on appartient à la compagnie qui vous a élu et qu'on ne respecte pas toutes les convenances en négligeant après ce qu'on a désiré avant.

Nul n'était plus assidu que lui à nos séances hebdomadaires ni plus exact à payer le tribut annuel des lectures imposées par nos statuts. Il y joignait fréquemment la contribution volontaire d'autres communications, et celle d'observations qui devenaient quelquefois des dissertations sur les sujets traités par ses confrères. Les unes et les autres se rapportaient généralement et presque exclusivement à notre histoire méridionale. On pouvait y voir une suite de ses leçons à la Faculté.

Hamel, son camarade de l'Ecole normale, qu'il avait retrouvé à Toulouse chargé du cours de littérature grecque à la Faculté, et qu'il retrouvait encore à l'Académie. L'académicien se montra même spécialement épigraphiste. Personne n'ignore qu'il se fit assez promptement un nom parmi ceux qui cultivent cette science avec le plus de succès. Il avait été précédé dans celte voie par l'un de nos confrères, dont il aimait à louer le zèle et le talent, et à reconnaître les services, trop oubliés peut-être depuis.

Mais Alexandre Dumège a eu le sort de beaucoup de ceux qui pénètrent des premiers dans quelque forêt vierge encore ou dans quelque coin non défriché du champ de la science. Ils sont exposés à s'y égarer et s'y égarent: Edward Barry n'eut jamais la faiblesse de tromper ainsi les autres: En succédant à Dumège, il l'a quelquefois rectifié 2 , souvent complété et toujours continué jusqu'aux limites où personne n'était encore parvenu et que peut-être personne ne dépassera, an moins de sitôt.

A la fin d'un court mémoire intitulé. Un Dieu de trop dans la mythologie des Pyrénées, sur l'inscription d'un petit autel votif faisant partie de la collection épigraphique du musée de Toulouse, inscription mal lue par M. Dumège', et d'autres , il disait: Dumège, plusieurs membres de l'ancienne Académie, avant la Révolution, s'étaient aussi occupés d'épigraphie. Il nous exposa un jour ses Principes d'épigraphie locale, dont il disait avoir constaté la puissance pour préserver de l'erreur 4 et ceux de linguistique, qui l'aidaient à découvrir des vérités d'un certain ordre 2.

Mais comme il ne les a pas laissés par écrit, sans doute, parce qu'il n'en avait pas trouvé des formules satisfaisantes, le souvenir s'en est perdu: Il faisait mieux qu'exposer sa méthode générale: Pour lui, ces inscriptions sur les pierres des autels, des tombeaux , des colonnes et d'autres, sur les médaillés, sur les monnaies, étaient des faits qu'il faut soumettre d'abord à toutes les minuties de l'analyse, qui doit être rigoureuse, si on veut qu'elle serve à monter progressivement de degré en degré plus haut.

Nous savons tous qu'il y a là des lettres à épeler, des syllabes et des mots à former, des phrases à unir, des discours à composer, puis à traduire mot à mot, puis encore, à mettre en bon français, à expliquer, à commenter et à rapprocher des événements contemporains pour en recevoir des éclaircissements, de manière à faire lire couramment une page d'histoire où l'on n'avait vu d'abord que des traits énigmatiques, et même moins encore. Art difficile et périlleux. Je n'exagérerai pas en disant qu'il y excellait.

En face d'autres, où le silence paraît un système 4 , il n'entreprenait pas moins courageusement de. Des textes très laconiques lui servaient souvent de prétexté pour de longs développements ; des développements trop longs peut-être quelquefois , mais dont l'intérêt faisait pardonner la faute ou cachait l'abus, s'il existait. Il ne s'y livrait d'ailleurs qu'avec une excellente intention, comme il l'écrivait un jour à l'un des plus renommés épigraphistes d'Italie.

J'exagérerais pourtant sa pensée et la mienne, si je disais que, dans les inductions ou conclusions qu'il tirait de ces développements, de ces explications et de ces déchiffrements, il atteignait toujours le vrai; au moins il indiquait le vraisemblable; au lieu du certain, le probable; s'il ne satisfaisait pas la raison qui exige la réalité évidente, il plaisait à l'esprit qui se contente des belles apparences.

Car il était fidèle à son idée première d'écrire ou au moins de préparer celte histoire de l'ancienne Toulouse et de la région voisine sous-pyrénéenne, qui manquait et qui manque encore. On comprend que son enseignement dut s'en ressentir: Il en résulta que, dans ces mêmes années, notre confrère changea sa première manière de professer et qu'il se transforma: Car au moral, pas plus qu'au physique, nulle transformation n'a lieu d'un seul coup, à une date précise.

Les unes et les autres sont soumises à la grande loi de la nature, qui ne fait rien par saut ; mais elles s'opèrent. Sans vouloir rien fixer d'une manière absolue, nous ne croyons pas nous écarter beaucoup de la vérité en disant que cette période intermédiaire dura jusque vers l'année Une autre fatalité voulut que, vers ce même temps, notre confrère fut frappé de deux grands malheurs de famille: Ce n'est pas nous qui pouvons oublier que les professeurs de Faculté ne jouirent pas alors d'une grande faveur.

Le nouveau pouvoir les tint plutôt à l'état de suspects. On les priva du droit d'inamovibilité; on leur enleva la liberté de choisir, chaque année, dans là multitude des questions ressortant de leur chaire, celles qu'il leur convenait de traiter, suivant leur disposition et pour l'utilité de leurs auditeurs; on les enferma dans un cercle tracé d'année en année ; on les obligea de soumettre chaque fois le programme de leur cours à la censure officielle; on leur défendit de s'en écarter.

La main napoléonienne était dure: Mais, par une coïncidence que je me borne à constater, celte époque correspondit à celle où notre confrère adopta définitivement sa dernière manière de professer, manière de liberté absolue, illimitée, je dirais presque anarchique, et la suivit jusqu'à la fin avec la grande fidélité qu'on lui demandait pour une autre. Je crois bien qu'il ne manqua jamais d'envoyer au. Je ne sais quel coin de l'immense champ de l'histoire il n'a pas dès lors visité, parcouru, remué dans tous les sens, successivement et alternativement, à plusieurs reprises , s'arrètant longuement, revenant sur ses pas, ou, d'un bond, franchissant de grands espaces et s'élançant bien loin du point de départ ; passant de l'étude des peuples à celle de leurs chefs et à celle des moindres personnages; demandant leurs secrets et les mystères de leurs influences aux temps pour la chronologie, aux lieux pour la géographie; et montrant comment elles sont les deux yeux de l'histoire, suivant le mot de Bacon; faisant voir comme sur un théâtre perpétuellement mobile se déroulant tous les drames politiques et sociaux, religieux et moraux , scientifiques, littéraires, artistiques, industriels et commerciaux et les autres, autant qu'il en est et qu'il en peut être.

Car il disait aussi: Je suis historien de l'humanité et rien de ce qui appartient au développement humain ne doit m'être réputé étranger: Humani nihil a me alienum puto. Je ne pourrais pas l'y suivre, si je le voulais; et si je le pouvais, je ne le voudrais pas: Mais ce cours était bien irrégulier. Il ne s'agissait plus, comme au début,, de grandes leçons à l'exemple des anciens maîtres admirés; ni de méthode synthétique ou de procédés par de larges et vastes vues d'ensemble; ni de compositions aux diverses parties formant un tout; ni de discours médités, étudiés, préparés pour arriver à une conclusion satisfaisante pour l'esprit; ni de rien de semblable.

Le discours était remplacé par la causerie à un seul interlocuteur, mais à un interlocuteur de grand mérite ; homme d'une science réelle, à la fois étendue et profonde, parlant de choses qui lui étaient familières, en une langue simple, aisée, lucide, trouvant des mots heureux, des traits vifs , de beaux effets de style et des mouvements animés pour exprimer des sentiments nobles et généreux.

Cette causerie avait les qualités supérieures du genre ; mais il faut avouer qu'elle en avait aussi quelques défauts inévitables à la faiblesse humaine. Tandis que le discours marche d'un pas ferme et droit à son but, la causerie y saute plutôt et souvent saute sans but, s'écartant à droite, à gauche, suivant les accidents de la route et les attraits d'un objet aperçu, au delà duquel elle en voit un autre, puis un autre encore, et elle continue de sauter et de courir sans arriver jamais ni nulle part; — ou elle se lasse, elle languit, elle est sur le point de tomber, et pour éviter une chute complète, elle s'attache à des minuties , quelquefois même à des puérilités de détails qu'on désigne par des mots dérivés ou nés de la parole et du verbe, mais qui n'en sont que des produits dégénérés.

Si l'ancien directeur de l'Ecole normale eût entendu son élève d'autrefois se laissant aller à de telles causeries, il eut certainement reconnu son jeune homme des autres choses. Si ses anciens camarades l'eussent entendu aussi, ils n'y auraient pas méconnu sa grande aristocratie, malgré quelques défaillances.

Ce qui n'est pas une supposition, c'est que ses auditeurs les plus sérieux, après l'avoir écouté causant ainsi, pendant une heure, même aux plus mauvais jours, avouaient que ce temps, n'avait pas été perdu pour leur progrès dans la science historique. Combien de discours n'obtiennent pas un tel éloge! Mais, — trait essentiel à remarquer — dans l'infinité des sujets auxquels il touchait ainsi, il n'y en avait qu'un seul auquel il s'attachât.

D'autres ont pu dire qu'il prouvait la vérité de notre poésie populaire suivant laquelle on revient toujours à ses premiers amours ; il prouva bien plutôt que, dans le monde littéraire aussi, les hommes peuvent avoir des infidélités sans cesser d'être constants. Là Gaule méridionale fut toujours l'objet de son amour.

Sans doute, il avait abandonné le projet d'en écrire. Mais il n'en était que plus ardent à en chercher les matériaux, surtout les matériaux inconnus ou méconnus; il était heureux de les trouver, plus heureux de les réunir. Mais il eut vers ce temps une occasion spécialement mémorable de lui adresser de vifs remercîments pour lui avoir fait trouver de nouveaux objets d'étude, dont il ignorait presque l'existence et dont il était loin de soupçonner la valeur, qu'il ne découvrit que successivement, comme il nous l'a raconté.

C'est une époque, dans sa vie de savant, sur laquelle il faut insister. Un jour, étant je ne sais où, mais tout entier à son rôle d'inquisiteur de la science sicut ejus erat mos , il aperçut, comme perdu dans quelque coin, un poids qui attira immédiatement son attention. Il le prit, il le tourna, il le retourna dans ses mains, et parce que le propriétaire paraissait n'y attribuer aucune valeur, il le pria de le lui céder: Et il l'emporta sans autre pensée, pour le moment, que d'avoir un objet de plus à déposer dans son reliquaire d'antiquités.

A quelque temps de là, il trouva de la même manière un autre poids, puis un autre, et plusieurs autres encore successivement, sans les avoir cherchés; quelques-uns après les avoir cherchés: Alors il conçut le double projet de faire une collection, la plus considérable qu'il pourrait, des poids municipaux du Midi, et de contribuer au progrès de la science nouvelle, dont ces poids commençaient d'être l'objet: Tout le monde a pu voir cette collection, la plus riche qu'on ait formée jusqu'à présent et la mieux faite pour piquer la curiosité.

Mais il y avait de plus un intérêt scientifique vrai et un plaisir d'imagination très vif à entendre le collectionneur lui-même disserter sur tous ces objets, sur ces petits monu 1. J'avoue sans honte qu'il m'a bien souvent étonné par tout ce qu'il y voyait, par tout ce qu'il m'y faisait voir. Dans les lettres et les mots gravés, dans les dessins tracés, dans les objets sculptés et ciselés sur ces poids, il découvrait les transformations plus ou moins marquées de la langue et de l'art: Avec les légendes qui les accompagnent, il racontait, tantôt, au sein de la même ville, les luttes, semblables à des guerres civiles, entre la cité et le bourg; tantôt les insurrections légales ou violentes de la commune entière, bourg et cité, unie contre les pouvoirs féodaux, ecclésiastiques ou laïques, qui lui faisaient obstacle.

Avec elles encore, il montrait les diverses villes subissant le contre-coup des grands événements qui changeaient le gouvernement général du pays, et changeant elles mêmes par une suite nécessaire leur régime municipal, depuis le treizième siècle, où commence le syslème de ces poids inscrits 1 , jusqu'à la fin du dix-septième, où il disparait dans le dernier effort de la monarchie 2 , pour amener la France à cet état de nivellement politique, de centralisation et d'uniformité administrative , dont la Révolution n'est responsable qu'en partie, et presque en qualité d'exécuteur testamentaire.

C'est par inadvertance qu'un érudit a essayé de reculer de près d'un demi-siècle la fabrication des poids municipaux et de transporter à Albi un privilége qui, jusqu'à présent, appartient incontestablement à Toulouse. Barry, lettre, avril Ainsi l'origine des poids inscrits dans le Midi est de l'époque de transition qui se place , à Toulouse, entre le gouvernement autonome des Comtes et le gouvernement étranger des Rois capétiens, qui commence immédiatement après la mort du comte Alphonse , en Vous le savez donc par vous-même, et vous avez dû l'entendre dire par beaucoup d'autres, on commençait de l'écouter par simple curiosité, en ne s'attendant guère à des résultats intéressants ; quelquefois par complaisance et pour lui faire plaisir: Ce nom était le vrai dans toute son énergie.

Car, si notre confrère avait rang parmi les épigraphistes les plus distingués, j'oserai dire qu'il était le premier des stathmétistes. En langage d'école, à l'accessit obtenu dans la première faculté, il joignait le prix mérité dans la seconde. Par ces recherches , par ces collections, par ces études , par ces explications de poids inscrits et d'inscriptions lapidaires et autres, il entrait incontestablement dans tous les détails possibles: Et quand, après en avoir entretenu ses visiteurs dans son cabinet, ses confrères dans l'une et l'autre Compagnie, il prenait ces questions mêlées à d'autres pour sujets de ses leçons-causeries à la Faculté, il étalait dans tout son luxe sa dernière manière de professer ; la seule dont on se souvienne généralement: Vous le savez, un poète l'a dit: Ainsi, même quand notre professeur s'arrêtait le plus longtemps et avec une lenteur se complaisant à elle-même dans l'analyse des faits, en apparence minimes, on sentait qu'il pouvait s'élever aux plus hauts sommets de la synthèse.

Et il lui arrivait souvent de le prouver au moment où l'on s'y attendait le moins. Il y avait là un charme d'autant plus grand qu'il était plus imprévu.

La surprise doublait l'intérêt et le plaisir. Un mérite constant et supérieur de ces mêmes leçons était de montrer et, par cela seul, d'enseigner l'exercice loyal et légitime de la vraie liberté de penser ; de celle qui n'est pas ce que s'imaginent beaucoup de ceux qui en parlent, soit pour là glorifier, soit pour l'anathématiser ; comme si la liberté se confondait jamais avec le libertinage et que penser librement ne signifiât pas peser dans une juste balance toutes les opinions, pour en apprécier la valeur positive et reconnaître cettes qu'il faut admettre et celles qu'il faut repousser.

Car — permettez-moi de le dire en insistant — quelle que soit la violence que l'usage fasse au mot, la vraie liberté de penser n'est et ne sera jamais que l'application du principe; philosophique, moral et politique, qui impose à chaque homme le devoir d'examiner ce qu'il doit affirmer ou nier, et qui donne à chaque citoyen le droit de communiquer ses opinions aux autres, d'en prouver les raisons et de réfuter celles qu'on lui oppose.

Combien donc de prétendus libres-penseurs, affirmant ou niant ce qu'ils n'ont jamais examiné, ne sont que des esclaves de l'opinion à la mode dans le milieu où ils vivent!

Athées à Paris, sur les bords de la Seine, ils adoreraient n'importe quel Dieu sur les bords du Gange: Combien, au contraire, de prétendus crédules, qui ne croient que sur le témoignage de leur raison éclairée par la lumière naturelle, par l'observation et par l'expérience, sont les vrais libres-penseurs; ceux qui, en défi ni-, tive, établissent le règne de la vérité parmi les hommes aussi vaste et aussi solide que leur esprit étroit et faible peut le permettre! Tel s'efforçait d'être et se montrait notre confrère.

Pour ma part, je porte un pantalon en cuir et une chemise blanche. Nous avons décidé de passer un week-end de détente et de plaisir. Je voulais revivre une soirée similaire à celle que nous avions vécue dans cette ville il y a deux ans.

Aaaaaahhhhhh Votre femme est vraiment belle dans la souffrance! Ma voisine a raison. Cathy est attachée par les poignets, les pieds touchant à peine le sol, éclairée violemment. En se retirant, il laisse une nouvelle strie La balade au lac a leur donné faim. Jean décroche le téléphone et demande à la réception: Pourriez-vous donc nous faire monter deux assiètes avec des crudités et de la charcuterie, et une bouteille de champagne?

Cet après-midi, le soleil brille à nouveau et Jean propose à Cathy — Que dirais-tu de faire une promenade en vélo? Pourquoi pas mais as-tu prévu une tenue adaptée pour moi? En entrant dans la chambre, Cathy voit la cravache délicatement posée sur le lit refait. Jean se prépare en premier. Cathy sort à son tour de la salle de bain, nue: Après une bonne douche, Cathy enfile une courte jupe et un petit top sexy au dos nu.

Jean téléphone à Cécile: Quelques jours de congé nous ferons le plus grand bien. Que dirais-tu de partir passer 3 jours au soleil? Bonne idée mon amour. Je propose de pigmenter un peu ce petit voyage. Nous partirons dans une demi-heure. La salle a mangé est baignée dans une douce lumière et la flamme de quelques bougies se reflète dans les verres sur la table.

Tu en tires un et le lis: Je viens juste de sortir de mon bain parfumé et je suis toujours nue, en train de me coiffer et de me maquiller.

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Il en fut lui-même récompensé par un prix de rhétorique au grand concours. L'année suivante, ayant terminé sa classe de philosophie et muni du diplôme de bachelier ès-lettres, il se présenta au concours pour l'admission à l'Ecole normale, où il fut nommé le 25 octobre 4.

Ceux qui ne datent pas d'hier et qui n'oublient pas se rappellent que les ministres de la Restauration , généralement peu amis de l'Université, furent très hostiles à l'Ecole normale, dont ils réprouvaient et redoutaient ce qu'ils nommaient son mauvais esprit libéral.

N'osant pourtant pas la supprimer, ils. Mais ce projet qui souriait peu au petit-fils fut abandonné à la mort de l'aïeul, et l'Ecole normale fut préférée par tous. Ils avaient espéré que, sous une appellation nouvelle, ils auraient une nouvelle chose, plus conforme à leurs intentions qui étaient bonnes, je n'en doute pas, et en accord avec leurs idées qui étaient mauvaises, j'en doute encore moins.

Mais quoi qu'ils eussent entrepris et même fait, sous certains rapports, l'Ecole était restée au fond ce qu'elle ne pouvait pas ne pas être suivant les lois de la nature plus fortes que les règlements des hommes.

En effet, des jeunes gens, français du XIXe siècle, élus parmi les meilleurs élèves et appelés à être de meilleurs maîtres, ne peuvent pas ne pas être animés d'un vif désir de connaître, aimant la science pour elle-même, pour la vérité qui les attire, et comprenant qu'ils ne doivent ni la chercher ni espérer de la trouver autrement que par la méthode de libre investigation à laquelle Descartes a eu l'honneur d'attacher son nom de philosophe et qui lui a valu d'être une des gloires impérissables dont notre grand siècle littéraire est illuminé.

Mais quiconque réfléchit voit évidemment que cette méthode cartésienne, tant et si justement recommandée depuis plus de deux siècles, n'est que l'application de l'esprit de liberté au développement légitime de l'intelligence. J'avoue ne pas voir comment l'esprit de liberté pourrait ne pas être l'esprit libéral. Et quand de la région des idées où il cherche à satisfaire la raison, cet esprit passe dans la région des faits où il cherche à satisfaire la justice, je vois encore moins comment on ne le féliciterait pas d'être conséquent avec lui-même.

Aussi l'Ecole normale continua d'avoir son caractère essentiel, malgré tous les efforts pour le changer. Ou s'il est vrai, comme quelques-uns l'ont dit, qu'elle fut contrariée dans ses tendances, particulièrement durant cette année scolaire , — la première que notre confrère y passa —, la Révolution de Juillet lui permit de s'y laisser aller plus librement, peut-être même avec plus d'élan, comme un fleuve qui vient dé renverser sa digue.

Je craindrais de dessiner un portrait où la fantaisie aurait trop de part, si je voulais montrer le développement intellectuel et moral de notre normalien, pendaut ses trois ans d'école. A cette date d'une vingtaine d'années, tout est généralement indécis, on cherche sa voie, on ne se connaît pas et on ne se fait guère connaîtredes autres. C'est une époque dont on ne se rend quelque compte exact que lorsqu'on en est déjà très éloigné.

Ainsi le voyageur ne distingue bien les accidents de la vallée parcourue que lorsqu'il la voit du haut de la colline où il est enfin monté. Cependant il arrive quelquefois qu'une physionomie a certains traits caractéristiques ou expressifs, très remarquables'!

J'en ai recueilli plusieurs, entre lesquels il en est deux qui me semblent curieux, sinon importants à citer. Le directeur de l'Ecole M. Guigniaut remarqua la manière générale et semblable dont l'élève Barry composait, discutait, étudiait. Ses compositions étaient toujours pleines de grandes parenthèses qui faisaient oublier le texte, comme l'écrivain paraissait lui-même l'oublier.

Dans les discussions, il s'attachait à des incidents qu'il développait longuement, de manière à exiger qu'on le rappelât à la question, qu'il ne traitait pas. Aux études et aux travaux que le règlement ordonnait, il préférait souvent ceux qu'il s'imposait lui-même, quoique plus difficiles et plus pénibles. Ce que voyant, le directeur l'appela l'homme des autres choses.

Et le mot méritait de rester 1 ,. Un de ses camarades l'appela un jour grand aristocrate. Et le mot fut répété. On voulait désigner par-là non-seulement ses manières distinguées, sa tenue élégante, son besoin d'être entouré de belles choses, mais encore et surtout son dédain et presque son aversion et son horreur pour tout ce qui est commun, banal, vulgaire, dans quelque genre que ce soit, dans toute espèce d'art et de style, dans le fond et dans la.

Barry lui-même, qui ajoutait que ce directeur l'avait bien deviné et caractérisé. C'est à ceux qui l'ont connu homme fait et presque vieillard de dire comment il conservait encore à ces âges les traits essentiels de sa jeunesse, malgré quelques altérations de détail. Quand le moment de quitter l'Ecole fut venu, déjà promu au grade de licencié ès-lettres, il voulut prendre celui de docteur.

Sa thèse française ne fut pas de celles dont on ne parle guère que le jour où elle est soutenue, et qui est oubliée le lendemain ou peu après par le rare public qui en a entendu la soutenance, par lés examinateurs qui l'ont jugée et quelquefois même par le candidat qui l'a écrite. Celle-ci, au contraire, parut une oeuvre de maître plutôt qu'un essai d'écolier, et les catalogues de plusieurs libraires savants en ont prolongé le souvenir qui s'y retrouve encore.

Essai sur les vicissitudes et les transformations du cycle populaire de Robin Hood 1. Pour réussir dans l'étude de ce recueil de ballades, dont les rédactions paraissent s'être succédé pendant plus de quatre siècles; pour en assigner l'origine, en reconnaître la partie primitive, rétablie dans sa pureté et dégagée de tout ce qui est venu s'y ajouter successivement; pour distinguer ces additions, les classer et les rapporter chacune à leurs diverses causes, il fallait en histoire des connaissances assez étendues, en philosophie morale quelques notions élevées, en critique littéraire de la sagacité et de la finesse.

Les censeurs officiels de la thèse jugèrent qu'elle ne manquait pas de ces qualités; la discussion orale les fit briller encore plus dans l'auteur. Les deux épreuves lui valurent d'être reçu docteur avec de vives félicitations le 23 juillet Quelques semaines après, il subit d'autres épreuves, plus difficiles à certains égards, dans le concours pour l'agrégation aux classes d'histoire et de géographie. Il en sortit avec le même succès comme il en reçut avis le 25 septembre.

Docteur et agrégé à l'âge de 23 ans et demi, ce brillant écolier de la veille fut aussitôt nommé professeur d'histoire au lycée de Lyon, l'un des plus importants de l'Université, sans en excepter ceux de Paris 4. C'eût été beaucoup pour un autre: Il se trouvait trop à l'étroit dans cette chaire d'enseignement secondaire, et il le prouva par un fait digne d'être remarqué. Ce chapitre fit, en effet, grand honneur au traducteur; mais l'oeuvre en resta là pour cette année 2.

A la fin de cette même année, la chaire d'histoire à notre Faculté des lettres devint vacante pour la troisième fois depuis. Nouseille, précédemment professeur d'histoire, et qui fut, plus tard, Recteur à Toulouse.

Cette instabilité, quelle qu'en fût la cause, parut, non sans raison, avoir de graves inconvénients 4. On résolut d'y porter remède en nommant un professeur qui pût prendre racine dans ce sol universitaire toulousain et se montrer à la hauteur de la fonction, reconnue difficile, qu'on voudrait lui confier.

Le choix tomba sur Edward Barry. L'événement a prouvé qu'en ce jour le ministre c'était M. Guizot n'eut pas la main trop malheureuse.

Le même professeur occupait encore la même chaire quarante ans plus tard. Je le dis tout de suite, parce qu'on paraît trop l'avoir oublié ou même ignoré: Au début, le jeune professeur, qui n'était encore qu'un élève de l'Ecole normale ayant fait une année de stage dans un lycée, ne cessait pas de subir le charme des grandes et solennelles leçons qu'il avait entendues de ses maîtres à Paris, Guizot et Michelet pour l'histoire, Villemain pour la littérature, Cousin pour la philosophie.

D'accord avec ce qu'on nommerait bien le suffrage universel de la France et même d'une partie de l'Europe lettrée à cette, époque, il les admirait comme les plus beaux modèles, presque l'idéal du professeur de Faculté. Il mettait son ambition à se faire reconnaître pour un de leurs élèves; son désir était de marcher sur leurs traces, à quelque long intervalle que ce fût. Son idée dominante à cette époque, je dirais même unique puisque presque toutes ses pensées s'y rapportaient comme des rayons à leur centre, était le projet éminemment national d'une histoire des peuples qui ont successivement habité notre pays, en les.

Car il était à cet heureux moment de la vie où, contrairement à ce qui, suivant le mot du poète , arrive fatalement à la vieillesse, tout invite doucement et même pousse violemment à concevoir les longues espérances. Occupant une chaire d'enseignement à Toulouse, dans le Midi, c'est aussi dans cette partie de notre pays qu'il se proposait spécialement d'étudier et de faire étudier à tous ceux qui voudraient le suivre ce grand drame de l'humanité se développant, de génération en génération, sous l'influence de causes très nombreuses et très diverses, intrinsèques et extrinsèques, d'abord luttant les unes contre les autres, puis se conciliant par des concessions réciproques, enfin s'accordant pour conduire les peuples à un but qu'on ne voit que lorsqu'il est atteint et qui en laisse immédiatement soupçonner, un autre au delà.

C'est le sens de ses paroles , sinon le texte même. Pour exprimer toute sa pensée, il faut ajouter que, sans nier: Il ne se borna pas à l'annoncer de vive voix et directement à ses auditeurs, il voulut le faire savoir à tous, d'une manière plus éclatante, quoique indirecte, par la publication d'un long article, équivalant à un opuscule, que dès cette première année de son cours il fit insérer dans une Revue de Toulouse 4.

En le relisant naguère, plusieurs passages me faisaient une telle illusion qu'avec un simple changement de quelques mots et de forme, je croyais entendre des fragments de leçons. Fauriel, professeur à la Faculté des lettres de Paris, intitulé: Histoire de la Gaule méridionale sous la domination des conquérants germains, par M. Edward Barry, professeur d'histoire à la Faculté des lettres de Toulouse.

Ce fragment, que je ne peux répéter sans plaisir ni sans quelque émotion, met bien en saillie la pensée principale du jeune professeur, et montre entouré d'une vive lumière le but final qu'il assignait à ses leçons. Il est aussi un indice et un exemple de sa première manière de professer: Alors, suivant la méthode qu'on appelle synthétique, il mettait ensemble des multitudes de détails immensément éparpillés, il les résumait ou condensait en un moindre nombre de faits généraux qu'il rangeait par groupes et dont il cherchait les causes; il lâchait d'élever ces causes à la hauteur des grandes lois égales à des principes générateurs qu'on voit ensuite se dérouler nécessairement ou logiquement en des séries indéfinies de conséquences, d'effets et de cas particuliers ou individuels, dont une autre histoire entreprend de faire des narrations détaillées, suivant l'autre méthode qu'on appelle analytique.

En enseignant ainsi, son discours était toujours correct, souvent élégant et coloré, pittoresque; il prenait quelquefois la forme oratoire avec l'accent; et alors il lui arrivait aussi de trouver des mouvements d'éloquence vraie, de l'éloquence qui ; émeut parce qu'elle est le son d'une âme émue 1.

Messieurs, des leçons de ce genre étaient une nouveauté dans la chaire d'histoire à notre Faculté des lettres ; elles piquèrent la curiosité, excitèrent l'intérêt qui augmentait encore par la jeunesse du professeur; elles attirèrent une grande partie des auditeurs qui se pressaient en foule à d'autres cours.

Le succès ne persista pas tel que les commencements paraissaient le prédire et que le professeur l'espérait ; mieux encore tel qu'il le méritait par ses intentions, par ses efforts et par les qualités peu communes qu'il y montrait au jugement des plus vrais connaisseurs et dont vous venez vous-mêmes de pouvoir juger.

Mais certaines conditions importantes semblèrent manquer à la fois à celui qui parlait et à ceux qui l'écoutaient. Lui , le maître encore si jeune, il n'était pas assez fort pour maîtriser vraiment ceux qui devenaient ses disciples, pour les échauffer, les animer et les entraîner dans les grandes voies de la science élevée où il paraissait s'égarer lui-même quelquefois et se perdre momentanément, comme dans un labyrinthe dont on ne retrouve plus ni l'entrée ni la sortie.

N'avait-il pas dit que cette histoire était difficile et délicate, obscure comme la nuit? Et ses auditeurs n'étaient pas généralement assez forts pour le bien comprendre, pour le soutenir du concours sympathique de leur intelligence et pour l'encourager à marcher toujours en avant, en s'encourageant eux-mêmes à le suivre, de quelque loin que ce fût, malgré les difficultés et les obscurités de la route.

Car le professeur dans sa chaire, non moins que l'orateur à la tribune, ou que l'acteur sur la scène, a besoin de l'appui moral et de l'approbation manifeste de son public pour déployer toutes ses facultés.

Cette faiblesse d'un auditoire manquant d'études préliminaires bien dirigées et bien suivies le frappa surtout dans les jeunes gens qu'il voyait face à face à ces examens du baccalauréat ès-lettres, où il ne suffit pas de venir ce qu'on appelle préparé pour être véritablement prêt.

Où l'art n'est pas, il ne sert à rien de glisser l'artifice. Beaucoup d'autres déploraient ce défaut de notre instruction publique, où les classes de l'enseignement secondaire ne donnaient pas assez les connaissances indispensables pour suivre utilement les cours de l'enseignement supérieur. Pour lui, qui sentait peut-être ce mal avec une vivacité plus grande, il ne se borna pas à s'en plaindre, il voulut tenter de le réparer dans le présent et de le prévenir.

Afin d'atteindre ce but, dans la quatrième année de son cours à la Faculté, il publia, en un petit format et sous le titre modeste de Programme d'études historiques et géographiques, un véritable Précis ou Manuel d'histoire universelle.

J'oserais dire que cet ouvrage était supérieur à beaucoup d'autres plus renommés; mais cette supériorité même fut un tort, j'entends un obstacle à de plus grands succès. Le livre était aussi trop fort pour les lecteurs auxquels l'auteur le destinait 1.

Pendant les deux années qui suivirent, il resta aussi ce qu'il était au début: Aux termes de la loi universitaire, il ne pouvait pas monter plus haut, vu sa jeunesse. Mais quand il eut franchi la barrière de la trentième année, on fut unanime pour dire qu'on devait lui faire franchir aussi l'autre barrière qui le séparait de l'honneur du professorat en titre.

Sur la double présentation de la Faculté et du Conseil académique, le ministre c'était M. Villemain lui en donna l'investiture par son arrêté du 5 juin Peu d'années après, un autre changement plus grave s'opéra dans sa situation au sein de la Société. La jeune épouse d'un nouveau collègue eut l'idée de l'enlever lui aussi au célibat et de lui donner pour compagne une de ses intimes amies, avec qui elle serait heureuse de vivre dans la ville de Toulouse, où elle se trouvait étrangère et bien isolée.

Ce projet ne fut repoussé d'aucun côté. Mais une difficulté surgit de la diffé 1. Mlle Mathilde Teulon était de la Réforme. A plusieurs qualités d'un ordre élevé, elle joignait celle, peu commune de nos jours, d'être une croyante sincère sans affectation, fervente sans exaltation, zélée sans intolérance, pieuse sans bigoterie, et d'autant plus fermement attachée au culte de ses pères.

Elle ne voulait pas seulement y rester fidèle elle-même, personne ne songeait à lui proposer l'abjuration; elle exigeait de plus que tous ses enfants ne fussent pas élevés dans une autre foi que la sienne à Christ, Sauveur du monde. Singulière proposition faite à un fils de catholiques émigrés d'Irlande pour éviter la persécution des protestants par une fille de protestants victimes des catholiques révoquant l'Edit de Nantes! Plusieurs ne trouvèrent pas moins singulier que notre confrère l'acceptât.

Le mariage fut cependant contracté à cette condition. Un des signes du temps! Vers cette même année, il fut élu associé ordinaire de notre Académie. Il lui appartenait déjà de fait par les liens de plusieurs amitiés intimes 2 et par ceux de la confraternité littéraire: Nous savons tous combien il prit au sérieux ce dernier mot et comme il se montra convaincu qu'on appartient à la compagnie qui vous a élu et qu'on ne respecte pas toutes les convenances en négligeant après ce qu'on a désiré avant.

Nul n'était plus assidu que lui à nos séances hebdomadaires ni plus exact à payer le tribut annuel des lectures imposées par nos statuts.

Il y joignait fréquemment la contribution volontaire d'autres communications, et celle d'observations qui devenaient quelquefois des dissertations sur les sujets traités par ses confrères. Les unes et les autres se rapportaient généralement et presque exclusivement à notre histoire méridionale. On pouvait y voir une suite de ses leçons à la Faculté. Hamel, son camarade de l'Ecole normale, qu'il avait retrouvé à Toulouse chargé du cours de littérature grecque à la Faculté, et qu'il retrouvait encore à l'Académie.

L'académicien se montra même spécialement épigraphiste. Personne n'ignore qu'il se fit assez promptement un nom parmi ceux qui cultivent cette science avec le plus de succès.

Il avait été précédé dans celte voie par l'un de nos confrères, dont il aimait à louer le zèle et le talent, et à reconnaître les services, trop oubliés peut-être depuis. Mais Alexandre Dumège a eu le sort de beaucoup de ceux qui pénètrent des premiers dans quelque forêt vierge encore ou dans quelque coin non défriché du champ de la science. Ils sont exposés à s'y égarer et s'y égarent: Edward Barry n'eut jamais la faiblesse de tromper ainsi les autres: En succédant à Dumège, il l'a quelquefois rectifié 2 , souvent complété et toujours continué jusqu'aux limites où personne n'était encore parvenu et que peut-être personne ne dépassera, an moins de sitôt.

A la fin d'un court mémoire intitulé. Un Dieu de trop dans la mythologie des Pyrénées, sur l'inscription d'un petit autel votif faisant partie de la collection épigraphique du musée de Toulouse, inscription mal lue par M. Dumège', et d'autres , il disait: Dumège, plusieurs membres de l'ancienne Académie, avant la Révolution, s'étaient aussi occupés d'épigraphie. Il nous exposa un jour ses Principes d'épigraphie locale, dont il disait avoir constaté la puissance pour préserver de l'erreur 4 et ceux de linguistique, qui l'aidaient à découvrir des vérités d'un certain ordre 2.

Mais comme il ne les a pas laissés par écrit, sans doute, parce qu'il n'en avait pas trouvé des formules satisfaisantes, le souvenir s'en est perdu: Il faisait mieux qu'exposer sa méthode générale: Pour lui, ces inscriptions sur les pierres des autels, des tombeaux , des colonnes et d'autres, sur les médaillés, sur les monnaies, étaient des faits qu'il faut soumettre d'abord à toutes les minuties de l'analyse, qui doit être rigoureuse, si on veut qu'elle serve à monter progressivement de degré en degré plus haut.

Nous savons tous qu'il y a là des lettres à épeler, des syllabes et des mots à former, des phrases à unir, des discours à composer, puis à traduire mot à mot, puis encore, à mettre en bon français, à expliquer, à commenter et à rapprocher des événements contemporains pour en recevoir des éclaircissements, de manière à faire lire couramment une page d'histoire où l'on n'avait vu d'abord que des traits énigmatiques, et même moins encore. Art difficile et périlleux. Je n'exagérerai pas en disant qu'il y excellait.

En face d'autres, où le silence paraît un système 4 , il n'entreprenait pas moins courageusement de. Des textes très laconiques lui servaient souvent de prétexté pour de longs développements ; des développements trop longs peut-être quelquefois , mais dont l'intérêt faisait pardonner la faute ou cachait l'abus, s'il existait. Il ne s'y livrait d'ailleurs qu'avec une excellente intention, comme il l'écrivait un jour à l'un des plus renommés épigraphistes d'Italie.

J'exagérerais pourtant sa pensée et la mienne, si je disais que, dans les inductions ou conclusions qu'il tirait de ces développements, de ces explications et de ces déchiffrements, il atteignait toujours le vrai; au moins il indiquait le vraisemblable; au lieu du certain, le probable; s'il ne satisfaisait pas la raison qui exige la réalité évidente, il plaisait à l'esprit qui se contente des belles apparences.

Car il était fidèle à son idée première d'écrire ou au moins de préparer celte histoire de l'ancienne Toulouse et de la région voisine sous-pyrénéenne, qui manquait et qui manque encore. On comprend que son enseignement dut s'en ressentir: Il en résulta que, dans ces mêmes années, notre confrère changea sa première manière de professer et qu'il se transforma: Car au moral, pas plus qu'au physique, nulle transformation n'a lieu d'un seul coup, à une date précise.

Les unes et les autres sont soumises à la grande loi de la nature, qui ne fait rien par saut ; mais elles s'opèrent. Sans vouloir rien fixer d'une manière absolue, nous ne croyons pas nous écarter beaucoup de la vérité en disant que cette période intermédiaire dura jusque vers l'année Une autre fatalité voulut que, vers ce même temps, notre confrère fut frappé de deux grands malheurs de famille: Ce n'est pas nous qui pouvons oublier que les professeurs de Faculté ne jouirent pas alors d'une grande faveur.

Le nouveau pouvoir les tint plutôt à l'état de suspects. On les priva du droit d'inamovibilité; on leur enleva la liberté de choisir, chaque année, dans là multitude des questions ressortant de leur chaire, celles qu'il leur convenait de traiter, suivant leur disposition et pour l'utilité de leurs auditeurs; on les enferma dans un cercle tracé d'année en année ; on les obligea de soumettre chaque fois le programme de leur cours à la censure officielle; on leur défendit de s'en écarter.

La main napoléonienne était dure: Mais, par une coïncidence que je me borne à constater, celte époque correspondit à celle où notre confrère adopta définitivement sa dernière manière de professer, manière de liberté absolue, illimitée, je dirais presque anarchique, et la suivit jusqu'à la fin avec la grande fidélité qu'on lui demandait pour une autre.

Je crois bien qu'il ne manqua jamais d'envoyer au. Je ne sais quel coin de l'immense champ de l'histoire il n'a pas dès lors visité, parcouru, remué dans tous les sens, successivement et alternativement, à plusieurs reprises , s'arrètant longuement, revenant sur ses pas, ou, d'un bond, franchissant de grands espaces et s'élançant bien loin du point de départ ; passant de l'étude des peuples à celle de leurs chefs et à celle des moindres personnages; demandant leurs secrets et les mystères de leurs influences aux temps pour la chronologie, aux lieux pour la géographie; et montrant comment elles sont les deux yeux de l'histoire, suivant le mot de Bacon; faisant voir comme sur un théâtre perpétuellement mobile se déroulant tous les drames politiques et sociaux, religieux et moraux , scientifiques, littéraires, artistiques, industriels et commerciaux et les autres, autant qu'il en est et qu'il en peut être.

Car il disait aussi: Je suis historien de l'humanité et rien de ce qui appartient au développement humain ne doit m'être réputé étranger: Humani nihil a me alienum puto. Je ne pourrais pas l'y suivre, si je le voulais; et si je le pouvais, je ne le voudrais pas: Mais ce cours était bien irrégulier.

Il ne s'agissait plus, comme au début,, de grandes leçons à l'exemple des anciens maîtres admirés; ni de méthode synthétique ou de procédés par de larges et vastes vues d'ensemble; ni de compositions aux diverses parties formant un tout; ni de discours médités, étudiés, préparés pour arriver à une conclusion satisfaisante pour l'esprit; ni de rien de semblable.

Le discours était remplacé par la causerie à un seul interlocuteur, mais à un interlocuteur de grand mérite ; homme d'une science réelle, à la fois étendue et profonde, parlant de choses qui lui étaient familières, en une langue simple, aisée, lucide, trouvant des mots heureux, des traits vifs , de beaux effets de style et des mouvements animés pour exprimer des sentiments nobles et généreux. Cette causerie avait les qualités supérieures du genre ; mais il faut avouer qu'elle en avait aussi quelques défauts inévitables à la faiblesse humaine.

Tandis que le discours marche d'un pas ferme et droit à son but, la causerie y saute plutôt et souvent saute sans but, s'écartant à droite, à gauche, suivant les accidents de la route et les attraits d'un objet aperçu, au delà duquel elle en voit un autre, puis un autre encore, et elle continue de sauter et de courir sans arriver jamais ni nulle part; — ou elle se lasse, elle languit, elle est sur le point de tomber, et pour éviter une chute complète, elle s'attache à des minuties , quelquefois même à des puérilités de détails qu'on désigne par des mots dérivés ou nés de la parole et du verbe, mais qui n'en sont que des produits dégénérés.

Si l'ancien directeur de l'Ecole normale eût entendu son élève d'autrefois se laissant aller à de telles causeries, il eut certainement reconnu son jeune homme des autres choses. Si ses anciens camarades l'eussent entendu aussi, ils n'y auraient pas méconnu sa grande aristocratie, malgré quelques défaillances. Ce qui n'est pas une supposition, c'est que ses auditeurs les plus sérieux, après l'avoir écouté causant ainsi, pendant une heure, même aux plus mauvais jours, avouaient que ce temps, n'avait pas été perdu pour leur progrès dans la science historique.

Combien de discours n'obtiennent pas un tel éloge! Mais, — trait essentiel à remarquer — dans l'infinité des sujets auxquels il touchait ainsi, il n'y en avait qu'un seul auquel il s'attachât. D'autres ont pu dire qu'il prouvait la vérité de notre poésie populaire suivant laquelle on revient toujours à ses premiers amours ; il prouva bien plutôt que, dans le monde littéraire aussi, les hommes peuvent avoir des infidélités sans cesser d'être constants.

Là Gaule méridionale fut toujours l'objet de son amour. Sans doute, il avait abandonné le projet d'en écrire. Mais il n'en était que plus ardent à en chercher les matériaux, surtout les matériaux inconnus ou méconnus; il était heureux de les trouver, plus heureux de les réunir. Mais il eut vers ce temps une occasion spécialement mémorable de lui adresser de vifs remercîments pour lui avoir fait trouver de nouveaux objets d'étude, dont il ignorait presque l'existence et dont il était loin de soupçonner la valeur, qu'il ne découvrit que successivement, comme il nous l'a raconté.

C'est une époque, dans sa vie de savant, sur laquelle il faut insister. Un jour, étant je ne sais où, mais tout entier à son rôle d'inquisiteur de la science sicut ejus erat mos , il aperçut, comme perdu dans quelque coin, un poids qui attira immédiatement son attention. Il le prit, il le tourna, il le retourna dans ses mains, et parce que le propriétaire paraissait n'y attribuer aucune valeur, il le pria de le lui céder: Et il l'emporta sans autre pensée, pour le moment, que d'avoir un objet de plus à déposer dans son reliquaire d'antiquités.

A quelque temps de là, il trouva de la même manière un autre poids, puis un autre, et plusieurs autres encore successivement, sans les avoir cherchés; quelques-uns après les avoir cherchés: Alors il conçut le double projet de faire une collection, la plus considérable qu'il pourrait, des poids municipaux du Midi, et de contribuer au progrès de la science nouvelle, dont ces poids commençaient d'être l'objet: Tout le monde a pu voir cette collection, la plus riche qu'on ait formée jusqu'à présent et la mieux faite pour piquer la curiosité.

Mais il y avait de plus un intérêt scientifique vrai et un plaisir d'imagination très vif à entendre le collectionneur lui-même disserter sur tous ces objets, sur ces petits monu 1.

J'avoue sans honte qu'il m'a bien souvent étonné par tout ce qu'il y voyait, par tout ce qu'il m'y faisait voir. Dans les lettres et les mots gravés, dans les dessins tracés, dans les objets sculptés et ciselés sur ces poids, il découvrait les transformations plus ou moins marquées de la langue et de l'art: Avec les légendes qui les accompagnent, il racontait, tantôt, au sein de la même ville, les luttes, semblables à des guerres civiles, entre la cité et le bourg; tantôt les insurrections légales ou violentes de la commune entière, bourg et cité, unie contre les pouvoirs féodaux, ecclésiastiques ou laïques, qui lui faisaient obstacle.

Avec elles encore, il montrait les diverses villes subissant le contre-coup des grands événements qui changeaient le gouvernement général du pays, et changeant elles mêmes par une suite nécessaire leur régime municipal, depuis le treizième siècle, où commence le syslème de ces poids inscrits 1 , jusqu'à la fin du dix-septième, où il disparait dans le dernier effort de la monarchie 2 , pour amener la France à cet état de nivellement politique, de centralisation et d'uniformité administrative , dont la Révolution n'est responsable qu'en partie, et presque en qualité d'exécuteur testamentaire.

C'est par inadvertance qu'un érudit a essayé de reculer de près d'un demi-siècle la fabrication des poids municipaux et de transporter à Albi un privilége qui, jusqu'à présent, appartient incontestablement à Toulouse. Barry, lettre, avril Ainsi l'origine des poids inscrits dans le Midi est de l'époque de transition qui se place , à Toulouse, entre le gouvernement autonome des Comtes et le gouvernement étranger des Rois capétiens, qui commence immédiatement après la mort du comte Alphonse , en Vous le savez donc par vous-même, et vous avez dû l'entendre dire par beaucoup d'autres, on commençait de l'écouter par simple curiosité, en ne s'attendant guère à des résultats intéressants ; quelquefois par complaisance et pour lui faire plaisir: Ce nom était le vrai dans toute son énergie.

Car, si notre confrère avait rang parmi les épigraphistes les plus distingués, j'oserai dire qu'il était le premier des stathmétistes. En langage d'école, à l'accessit obtenu dans la première faculté, il joignait le prix mérité dans la seconde.

Par ces recherches , par ces collections, par ces études , par ces explications de poids inscrits et d'inscriptions lapidaires et autres, il entrait incontestablement dans tous les détails possibles: Et quand, après en avoir entretenu ses visiteurs dans son cabinet, ses confrères dans l'une et l'autre Compagnie, il prenait ces questions mêlées à d'autres pour sujets de ses leçons-causeries à la Faculté, il étalait dans tout son luxe sa dernière manière de professer ; la seule dont on se souvienne généralement: Vous le savez, un poète l'a dit: Ainsi, même quand notre professeur s'arrêtait le plus longtemps et avec une lenteur se complaisant à elle-même dans l'analyse des faits, en apparence minimes, on sentait qu'il pouvait s'élever aux plus hauts sommets de la synthèse.

Et il lui arrivait souvent de le prouver au moment où l'on s'y attendait le moins. Il y avait là un charme d'autant plus grand qu'il était plus imprévu. La surprise doublait l'intérêt et le plaisir. Un mérite constant et supérieur de ces mêmes leçons était de montrer et, par cela seul, d'enseigner l'exercice loyal et légitime de la vraie liberté de penser ; de celle qui n'est pas ce que s'imaginent beaucoup de ceux qui en parlent, soit pour là glorifier, soit pour l'anathématiser ; comme si la liberté se confondait jamais avec le libertinage et que penser librement ne signifiât pas peser dans une juste balance toutes les opinions, pour en apprécier la valeur positive et reconnaître cettes qu'il faut admettre et celles qu'il faut repousser.

Car — permettez-moi de le dire en insistant — quelle que soit la violence que l'usage fasse au mot, la vraie liberté de penser n'est et ne sera jamais que l'application du principe; philosophique, moral et politique, qui impose à chaque homme le devoir d'examiner ce qu'il doit affirmer ou nier, et qui donne à chaque citoyen le droit de communiquer ses opinions aux autres, d'en prouver les raisons et de réfuter celles qu'on lui oppose.

Combien donc de prétendus libres-penseurs, affirmant ou niant ce qu'ils n'ont jamais examiné, ne sont que des esclaves de l'opinion à la mode dans le milieu où ils vivent!

Athées à Paris, sur les bords de la Seine, ils adoreraient n'importe quel Dieu sur les bords du Gange: Combien, au contraire, de prétendus crédules, qui ne croient que sur le témoignage de leur raison éclairée par la lumière naturelle, par l'observation et par l'expérience, sont les vrais libres-penseurs; ceux qui, en défi ni-, tive, établissent le règne de la vérité parmi les hommes aussi vaste et aussi solide que leur esprit étroit et faible peut le permettre!

Tel s'efforçait d'être et se montrait notre confrère. Un autre mérite de cet enseignement, le dernier que je tienne à rappeler, était de montrer dans le professeur l'amour de la libre action constamment associé à celui de la librepensée; comme, dans la société et suivant les lois naturelles de la civilisation, les progrès de la liberté politique doivent correspondre à ceux de la liberté intellectuelle.

Il y a égale sottise et cause de désordres non moins grands à donner la liberté aux populations ignorantes qu'à la refuser ou à la retirer aux populations instruites. Sans doute, au milieu des occupations nombreuses et diverses que ses fonctions lui imposaient et qu'il s'imposait lui-même, notre Edward Barry n'éprouva jamais la velléité pas plus qu'il n'aurait trouvé le temps de jouer un rôle sur ce qu'on nomme le grand et le petit théâtre de la politique.

Loin de là; par instinct et par réflexion il répugnait à être acteur dans ce drame de notre vie publique nationale qui, de nos jours plus qu'à aucune autre époque peut-être, se déroule en une suite de scènes et d'actes, pleins de continuelles péripéties, qui ne parviennent jamais à former une pièce complète avec un dénouement qui satisfasse. Car rien n'y finit, rien n'y commence, rien n'y est qu'en apparence. En réalité, c'est un perpétuel.

Il se contentait d'assister à ce spectacle, assis au parterre, sans aucun désir d'y figurer, monté sur les planches. Mais il n'y était pas au nombre de ces spectateurs indifférents, inintelligents, inertes, qu'on voit constamment, à la fin de chaque représentation, se mettre à la suite de l'auteur en vogue, bon ou mauvais, dont ils augmentent la valeur par leur cortège, comme des zéros alignés après un chiffre.

Au contraire nous l'avons toujours vu s'occuper et s'inquiéter de la marche du gouvernement et se déclarer ministériel ou de l'opposition suivant que les ministres se déclaraient eux-mêmes et se montraient favorables ou hostiles au libéralisme: De même que du haut de ce libéralisme il jugeait, dans ses conversations avec des amis, les hommes et les choses du présent, il s'y plaçait aussi pour juger dans sa chaire et devant ses auditeurs les hommes et les choses du passé.

Par là, sans qu'il fît jamais aucune excursion inconvenante dans le domaine de la politique, l'esprit de ceux qui l'écoutaient et réfléchissaient y était fréquemment amené; la comparaison de situations semblables donnant lieu à des considérations de même ordre. De ces ruines et de ces tombeaux qu'il ouvrait et remuait, il leur semblait entendre sortir la voix des pères criant à leurs enfants, comme le poète dans ses vers: Discite justitiam moniti et non spernere divos: Apprenez par ces avertissements à pratiquer la justice et à ne pas mépriser Dieu.

J'oserai dire que plusieurs s'en allaient meilleurs en même temps que plus instruits. Tels étaient les sentiments, les idées, les études et les travaux auxquels il se livrait tout entier, lorsque, le 25 septembre , il fut admis à faire valoir ses droits à la retraite, en vertu d'un arrêté ministériel qu'il né connut qu'avec le public, par la lecture du journal.

Cet acte le surprit grandement; il l'affligea moins, mais il le froissa beaucoup plus, je dirai même excessivement, dans son amour-propre offensé et dans le sentiment de sa dignité blessée; le mot indignation a bien sa place ici.

Il ne supporta pas qu'on le traitât avec si peu d'égards, lui, un professeur de Faculté, occupant, non sans distinction, la même chaire depuis plus de quarante ans, et n'étant pas un inconnu, sans nom dans le monde savant, à Toulouse, dans tout le Midi, à Paris et même en Europe 1. Il s'en plaignit amèrement de vive voix, par écrit, par lettres publiées dans les journaux; et sa plainte eut partout des échos 2.

D'autres, en des circonstances identiques ou semblables et analogues, aimèrent pourtant mieux garder le silence et ne manifester que des sentiments composés d'indifférence pour le dommage causé, de mépris pour l'injustice commise et de suprême pitié pour les petites intrigues qui aspirent à être de grosses méchancetés et qui n'y parviennent pas.

Je n'ai point à juger entre ces deux conduites différentes, qui ont leurs causes complexes dans le tempérament qu'on tient de la nature, dans l'éducation qu'on a reçue et surtout dans celle qu'on s'est donnée à soi-même par la réflexion et par. Mais, si notre confrère n'y parvint pas, sur ce point, et s'il garda toujours au fond du coeur un vif ressentiment contre ceux qui avaient méprisé jusqu'aux plus simples formes de politesse qui lui étaient bien dues, il ne tarda pas à leur avoir une reconnaissance d'un genre particulier pour le bien qu'ils lui avaient fait sans le vouloir.

Il leur dut de pouvoir dès lors se livrer tout entier , sans aucune distraction , à ses études. Un ancien, parlant de sa retraite, l'appelait Olium cum dignitate. Edward Barry put retourner le mot et dire ; Dignitas sine otio.

De sa vie, toute consacrée au travail, les dernières années furent. De ses labeurs si persistants, ceux de ces mêmes années seront certainement les plus puissants pour empêcher son nom de tomber dans la fosse commune du grand oubli et pour lui obtenir la concession à perpétuité d'une place réservée dans le campo santo de l'impérissable république des lettres.

Dès à présent, ils sont rarissimes les contemporains qui ont entendu et qui se rappellent les leçons de son commencement. Nul ne peut répondre que ce que je viens d'en dire, en cette vaste salle des Illustres morts, ne sera pas le mot suprême qui se meurt sans illustration. Bientôt il ne restera plus dû professeur qu'une image imparfaite, une ombre qui fuit et disparait.

Tant de paroles intéressantes et instructives, même quand elles ne paraissaient d'abord qu'amusantes, seront irrévocablement perdues, sans écho. Les collections qu'il formait avec tant de peine et d'habileté, qu'il conservait avec tant de soin et d?

Les parties réunies par lui en seront de nouveau désunies; les éléments en seront désagrégés, disséminés, éparpillés aux quatre points cardinaux et peut-être enfouis, parmi les décombres et les ruines d'un autre âge, à des profondeurs plus grandes que celles d'où ils ont été exhumés. Et l'on comprend ce que peut devenir le nom du collectionneur quand la collection n'est plus. Les pages si nombreuses où il a donné de tous ces objets des descriptions si exactes, des explications si heureuses, tantôt savantes et pleines de vérité, tantôt ingénieuses et pleines de vraisemblance, tour à tour satisfaisantes pour la raison ou souriant à l'imagination et soulevant toujours quelque coin du voile qui cache aux yeux des profanes tant de mystères, — oui, ces pages n'en sont pas moins des feuilles trop légères pour ne pas devenir le jouet des vents ludibria ventis qui emportent violemment tant d'autres choses douées d'une plus grande force de résistance.

Aucun de ses autres ouvrages, quoique plus volumineux et d'une construction plus solide, parce que les diverses parties en sont liées et forment un tout, ne donne pourtant lieu d'espérer que, suivant l'expression du poète, il durera plus que l'airain monumentum oere perennius.

Il serait même plus vrai de dire avec un autre qu'ils ont déjà subi leur destinée habent suafata libelli. Mais il a heureusement jeté ailleurs les semences d'une longue vie qui promet de se perpétuer dans les souvenirs de la postérité. Vous savez tous qu'au siècle dernier, quelques-uns de ces moines bénédictins, qui, heureusement infidèles à l'esprit de leur fondateur et rebelles à ses conseils 1 , croyaient que travailler.

Vous savez aussi que, de nos jours, on était depuis longtemps unanime à regretter que ce beau livre ne fût pas plus répandu dans le public et qu'on y trouvât des erreurs, des omissions et des lacunes, qui étaient inévitables à l'époque où les bénédictins l'écrivaient, mais que dans l'état actuel de la science on pouvait et on devait corriger, réparer et combler.

En d'autres termes plus simples, on en désirait une nouvelle édition corrigée et augmentée. Après bien des hésitations — car les difficultés de l'oeuvre en égalent la grandeur et le mérite —- elle a été entreprise 1. Il devint pour lui une occasion excellente et presque une impérieuse nécessité de remonter le cours de sa vie intellectuelle, de se reprendre à ses souvenirs depuis sa jeunesse et de se rajeunir par cette reprise même, de se rappeler ses études de diverses époques, de revoir une grande partie de ses travaux.

Dulaurier, membre de l'Institut, annotée par M. Il redevint tout ce qu'il avait été: Il refit tout ce qu'il avait fait, en rassemblant les éléments épars de tous côtés, les rapprochant, les alliant et tâchant de les fondre dans une harmonieuse unité, comme on dit qu'autrefois divers métaux en fusion formèrent l'airain de Corinthe.

Et de cette fusion résulta sa grande oeuvre suprême des annotations, supplément à l'histoire de Languedoc. Je n'ai pas l'intention de comparer des choses essentiellement différentes sous tous les rapports; mais je ne peux chasser de mon esprit l'idée d'un rapprochement qui m'est suggéré par le souvenir d'une phrase de Chateaubriand ou de Lamartine, peut-être d'un autre, racontant quelques-unes de ses impressions de voyage en Egypte.

Aux pieds d'une pyramide, pendant qu'il la contemplait et l'admirait, il remarqua, non sans quelque admiration encore, une construction moderne , plus légère, adossée à l'immense édifice et empruntant à cette mitoyenneté le principe d'une vie désormais aussi longue que celle de l'édifice lui-même. Ainsi les annotations et les additions de notre confrère à l'histoire de Languedoc, liées et comme adossées à ce grand monument élevé par les Bénédictins à l'honneur de notre ancienne province, pour en perpétuer la mémoire ad perpetuam rei memoriamj, sont assurées par là de vivre aussi longtemps que cette histoire elle-même.

C'est un lierre désormais inséparable de l'arbre auquel il s'est attaché, dont il avait besoin pour s'élever lui-même et dont, en s'élevant, du pied à la tête, par une. Ce travail mérite aussi l'épithè-te de bénédictin, qui lui est dès aujourd'hui donnée par plusieurs et qui lui sera confirmée par tous quand ils le connaîtront. Une partie en a déjà été publiée depuis plusieurs années ; une autre, plus considérable, est sous presse ou prête pour l'insertion dans de prochains volumes; enfin, une dernière partie consiste en fragments et en notes dont il préparait l'arrangement et la rédaction définitive qu'un autre devra leur donner.

Mais je ne crois pas que le savant à qui ce dépôt sera confié soit obligé d'y retoucher ni d'y ajouter beaucoup, pour en faire une oeuvre parfaite et aussi complète que l'état actuel de la science le permet ou l'exige.

L'honneur en sera presque tout entier à notre confrère, qui Ta si légitimement conquis et peut-être chèrement payé. Car nous comprenons bien maintenant que ses forces physiques se sont affaiblies progressivement, d'abord d'une manière à peine sensible, puis d'une manière plus frappante, par les fatigues incessantes que son dévouement le portait à s'imposer en voyages, en courses, en recherches au dehors et en études prolongées au dedans, sans qu'il interrompit ses actes de présence assidue aux séances des Académies et de participation aux travaux de ses confrères, ni qu'il changeât rien à ses habitudes d'homme du monde et à d'autres encore.

Cependant nul ne prévoyait un fatal dénouement si prompt, quoique plusieurs crises répétées eussent pu servir d'avertissement et commander plus de précaution. Il paraît bien qu'il était trop tard quand la dernière éclata. Pendant quelques jours , elle fut hésitante et nous inspira successivement de tristes craintes et de douces espérances: La veille encore, on le croyait parfaitement guéri. La nuit avait été bonne; le matin, il avait pris avec plaisir le breuvage qu'on lui avait apporté, lorsque soudain un coup au coeur, un cri, un mouvement: Mais une nouvelle vie a commencé pour les relations morales avec tout ce qui , dans lui, n'appartenait pas à la matière ; — avec ses sentiments, dont le souvenir se grave profondément dans le coeur de ses amis, comme une inscription sur le marbre tumulaire ; — avec ses-idées, dont l'influence sera sentie, même par ceux qui n'en connaîtront pas la source ; — avec les résultats de ses travaux, dont plusieurs profiteront sans le savoir et peut-être en le niant ; — enfin, avec cet élément de l'être humain qui , après avoir fait sa grandeur pendant quelques années, ne peut pas être destiné à périr, suivant ce que la raison et la foi nous font connaître de l'Etre infini, au sein duquel nous vivons, nous nous mouvons, nous sommes, et qui donne à ceux qui croient en lui, souvent même à ceux qui n'y croient pas, l'espérance de l'immortalité, le meilleur refuge que nous sommes heureux de trouver contre les douleurs inconsolables de la mort.

Les obsèques de M. Barry ont eu lieu le 19 mars, dans l'Église de Saint-Exupère, sa paroisse. Le cercueil a été déposé provisoirement dans la chapelle du cimetière de Terre-Cabade, en attendant qu'on le transportât à Nîmes , auprès de celui de son épouse. Deux discours ont été prononcés; l'un, au nom de la' Faculté, des lettres , par M. Les journaux ont rendu compte de la cérémonie.

Leurs comptés rendus, avec leurs articles et les discours prononcés, ont été réunis dans une brochure imprimée à Toulouse. Edward Barry, élève de l'Ecole normale, candidat au doctorat és-lettres. Essai sur les vicissitudes et les transformations du cycle populaire de Robin-Hood. L'époque historique, retracée dans ces poésies est celle qui suit la conquête de l'Angleterre par les Normands, ou le commencement du douzième siècle.

Ainsi ce cycle a vécu plus de quatre cents ans. L'histoire apprend quelle fut la situation de l'Angleterre , après l'invasion de Guillaume et de ses Normands. Alors beaucoup d'indigènes refusèrent de subir leur joug et se réfugièrent dans les forêts du Nord, où ils opposèrent à l'étranger vainqueur et à ses partisans une résistance opiniâtre et leur firent une guerre acharnée.

Robin Hood est le type de ces hommes, proscrits volontaires ou contraints, que les premières rédactions des ballades durent représenter assez fidèlement, tout en les grandissant et les embellissant, comme l'imagination du peuple le fait toujours en faveur de ceux qu'elle adopte pour ses héros. Dans le trajet des quatre siècles pendant lesquels il a vécu, ce cycle a subi l'influence de deux genres de causes qui ont contribué à l'altérer,; modifier ou transformer successivement.

Les causes intrinsèques sont celles qui tiennent à la nature même de l'esprit humain et aux lois de son développement. Mais la mémoire est faillible, sujette à des oublis et à des confusions ; oublis auxquels on suppléait, confusions qu'on dissimulait: Le peuple a des habitudes différentes, suivant les lieux et; les temps, et il veut que ces habitudes soient celles de, son héros: La poésie cherche à le satisfaire par des allusions et des personnalités qui n'ont de sens qu'à certains moments ou dans certains lieux, et qui n'en ont plus dans un autre lieu et un autre moment: Ce qui arriva au cycle populaire de Robin Hood, vers le temps de la reine Elisabeth.

Les causes extrinsèques d'autres altérations subies par ce même cycle sont les grands faits qui ont eu lieu dans ces quatre siècles et dont chacun a dominé toute une époque. Les causes de ces altérations se groupent sous trois chefs: Les deux premiers chefs constituent,une influence poétique; le troisième , une influence historique.

Il suffit de les indiquer sans entrer dans les détails que l'auteur termine par ces réflexions: Après cette exposition des vicissitudes et des transformations de ce cycle de Robin-Hood, considéré au fond ou dans ses idées, l'auteur ajoute comme appendice quelques remarques sur la métrique et la langue de ces mêmes ballades qui ont eu aussi leurs transformations.

Il traite de l'Islande aux points de vue de la géographie, de la chronologie et spécialement de la littérature. Barry reprit à Toulouse le projet de publier sa traduction. Il la fit annoncer dans un prospectus imprimé chez Lavergne, rue Saint-Rome, et ouvrit une souscription.

Le prospectus commençait ainsi: Nous ignorons ce qu'est devenu le manuscrit de la traduction, si toutefois il a jamais existé tout entier et mis au net. Sur la chaire d'histoire à la Faculté des lettres de Toulouse pendant les années scolaires Au mois de juillet , le titulaire de cette chaire était M. Larrouy, recteur de l'Académie , qui ne professait pas ; il avait pour suppléant ou remplaçant M. Après les trois journées de ce mois , qui furent la Révolution de , M.

Larrouy cessa d'être recteur. Sarah entre nue dans le salon avec un sourire mi boudeur mi enjôleur. Elle a des hanches et des fesses galbées comme je les aime, le sexe intégralement épilé et des seins pas très gros mais fermes et en forme de pomme. Je souris à mon tour. Je la regarde quelques instants et une idée me vient.

Je vais la prendre à son Il fait trop beau pour rester enfermés. Ma femme empoigne un sac et nous sortons. Que penses tu des bords du lac Moda? Les berges de ce lac sont un endroit de promenade sympa avec des coins un peu OK Arrivés en ville, Robert me proposa de jouer un peu. Nous allons demander notre chemin mais avant cela, je voudrais que tu Cette fois à un moment un peu plus intime de notre Pour ma part, je porte un pantalon en cuir et une chemise blanche.

Nous avons décidé de passer un week-end de détente et de plaisir. Je voulais revivre une soirée similaire à celle que nous avions vécue dans cette ville il y a deux ans. Aaaaaahhhhhh Votre femme est vraiment belle dans la souffrance! Ma voisine a raison. Cathy est attachée par les poignets, les pieds touchant à peine le sol, éclairée violemment.

En se retirant, il laisse une nouvelle strie La balade au lac a leur donné faim. Jean décroche le téléphone et demande à la réception: Pourriez-vous donc nous faire monter deux assiètes avec des crudités et de la charcuterie, et une bouteille de champagne? Cet après-midi, le soleil brille à nouveau et Jean propose à Cathy — Que dirais-tu de faire une promenade en vélo?

Pourquoi pas mais as-tu prévu une tenue adaptée pour moi? En entrant dans la chambre, Cathy voit la cravache délicatement posée sur le lit refait.

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